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4 août 2021 3 04 /08 /août /2021 07:00

Je suis tombé sur deux petits livres de poche, des éditions Press-Pocket d'occasion dans un vide-grenier. Il m'en a coûté deux euros le lot.

Ils sont signés Georges Hyvernaud et sont comme des signaux qui nous sont faits de de très très loin. L'un est intitulé "la peau et les os" et raconte la captivité calamiteuse de l'auteur entre 1940 et 1945 en Allemagne. L'autre, "Le wagon à vaches" le retour, après cette même captivité, dans un pays dévasté, moralement et physiquement.

J'ai été surpris de l'infinie misère du pays de la défaite. Pendant les plus de 70 années écoulées depuis l'effondrement du pays, de ses élites, de son armée et de sa population la France a plus changé qu'en aucun moment de son histoire. C'était nécessaire! la défaite sanctionnait un pays que la guerre précédente avait traumatisé et qui n'avait plus le ressort indispensable. Pacifique à contretemps et face au bellicisme sans fard de l'Allemagne, appauvrie, sans ressort, repliée sur elle-même, inégalitaire comme jamais la France était à bout de souffle. Ses mauvais choix et le sort allaient s'acharner sur elle pendant la période la plus sombre de sa longue histoire.

Hyvernaud, qui fut enseignant décrit ce pays vaincu, exsangue, sale, pauvre, misérable, vaincu. Des mentalités mesquines, des hommes et des femmes sans ambition et subissant leurs vies, des différences sociales infranchissables, une misère se contractant par héritage, des fléaux insurmontables (alcoolisme, déterminisme social, défaillance politique, poids de l'église et des conventions sociales etc.) qui, une fois que le rouleau compresseur Allemand eut défait nos "forces armées" empêchèrent longtemps le pays de se remettre, voire de se complaire dans cette fange à la fois grotesque et honteuse du "Régime de Vichy"*.

On pense souvent à Céline à la lecture de ces vies sinistres et sans espoir. La captivité poisseuse salit, humilie et détruit ces milliers d'hommes capturés par les Allemands et traités comme du bétail. On ne parle pas de camps de concentration et encore moins de camps de la mort mais de casernements sordides où l'individu est nié et réduit à un organisme souffrant. Le prisonnier de guerre est sous-nourri, méprisé, battu et humilié dans sa chair et son âme. Les Français pas encore moyens affrontaient ces terribles années sans préparation morale, intellectuelle et physique. La description qu'en fait Hyvernaud semble concerner d'autres êtres humains. Un autre monde, une autre époque. Dieu merci, même s'il y a des permanences dans le caractère national on peut penser que les Français de 40-45 ont disparu avec le retour de la paix.

Curieusement, moi qui ai toujours eu des problèmes avec les transcriptions trop réalistes des aspects médicaux de l'organisme ai été impressionné par les descriptions crues des latrines, de la saleté, de la promiscuité de la vie quotidienne des prisonniers. Hyvernaud ne juge pas -ou alors avec une certaine mansuétude- ses contemporains et, parmi eux, ses compagnons d'infortune. Cette humanité réduite aux fonctions dites naturelles on a tendance à ignorer qu'elle sommeille et pourrait se réveiller sans crier gare.

J'ai lu ces deux livres comme on lit des livres d'histoire. Derrière les grands thèmes tels "la France de Vichy", "la drôle de guerre", "mai 40" il y a une humanité qui a connu l'effondrement absolu et qui en a payé le prix fort. Savoir ce qui se cache derrière la "grande histoire" est une nécessité.

 

* Je ne dirai jamais assez qu'il faut lire et s'informer sur l'ignominie absolue que fut "l’État Français" de Pétain. Son abjection le dispute à sa bêtise, son inutilité à sa malfaisance. Tout y est sordide et dégradant. Seule "la grande terreur" Robespierriste peut lui disputer la place ignominieuse de période la pire de notre longue Histoire.

 

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