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18 janvier 2022 2 18 /01 /janvier /2022 07:00

Il y a vingt-six ans Gérard décédait du sida le 18 du mois de janvier. Il avait trente-neuf ans. Sa mort survenait après une atroce agonie. Il avait affronté la maladie avec un courage réellement stupéfiant. On dit souvent ça mais là c'est la stricte vérité.

Jamais je n'oublierais ses obsèques au cimetière des Olives à Marseille. La colère froide de son père, la douleur absolue de son frère et la présence déserte de sa mère. Nous étions nombreux derrière le corbillard à l'ancienne et j'avais été désigné pour être l'un des porteurs du cercueil. Les sensations et les impressions se mélangeaient et j'étais acteur et spectateur de cet évènement: l'enterrement de mon ami de vingt ans.

Nos chemins avaient pris un tour différent lorsque mes enfants sont nés. Mes priorités n'étaient pas les siennes et il continuait à faire la fête quand je changeais les couches et soignais les bronchiolites. Naturellement nous continuions à nous voir et le fil n'a jamais été coupé.

Un jour il me demanda avec un ton que je ne lui connaissais pas de le retrouver au restaurant du Parc de la Villette à Paris. Il était tendu et emprunté. Il avait, de toute évidence, un message à me transmettre et ne savait comment s'y prendre.

Il me dit qu'il était séropositif au VIH ce qui, en 1990 signifiait qu'il était condamné à plus ou moins long terme.

J'ai vécu -de loin- sa descente aux enfers et son chemin de croix car c'est de cela qu'il s'agit. S'il ne souffrait pas trop physiquement, du moins au début, moralement c'était terrible. C'était un homme qui aimait la vie, qui s'intéressait à tout et qui était très entouré de divers cercles d'amis et de connaissances dont il était souvent l’élément moteur. L'organisateur de soirées, le catalyseur des bonnes ambiances.

Le sida faisait peur et sa révélation éloignait ses amis et relations. Pour de bonnes et moins bonnes raisons que l'on auto-justifiait (les enfants, le risque de contamination...) chacun trouvait en son for intérieur des justifications approximatives de l'éviter. Moi inclus.

Oui, moi inclus.

Entre-temps, en 1993, ma famille et moi nous étions installés durablement à Toulouse et l'éloignement s'aggrava. Je craignais que mes enfants s'alarment de sa dégradation physique rapide et spectaculaire et j'hésitais à leur imposer cette réalité difficile. De fait la dernière fois que nous le vîmes nous le trouvâmes si mal, physiquement, que sa fin était inscrite sur sa figure méconnaissable.

Bien que l'issue fatale de sa maladie soit inéluctable et prochaine je n'arrivais pas à l'envisager et ai été comme surpris lorsqu'un coup de fil très matinal me l'apprit.

Je n'assistais pas à la messe ni à la mise en bière qui eurent lieu à Paris mais j'étais à Marseille lorsque le transport des pompes funèbres arriva de Paris. Sa belle sœur annonça "le voilà" et, un centième de seconde je crus qu'il allait être là. Debout. Parmi nous.

 

 

 

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