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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 07:00

Charlotte Delbo a été déportée à Auschwitz comme politique (elle était communiste) et résistante. Elle a survécu aux prisons, au trajet vers la Pologne et au camps. Non-juive elle faisait partie de ces personnes que les nazis nommaient "nuit et brouillard" ce qui disait clairement le sort qui leur était réservé. la mort était, normalement, au bout.

Cependant les bourreaux n'avaient pas été conditionnés pour haïr autant les non-Juifs, fussent-ils communistes que les Juifs. Triangle rouge, n°31 661, Charlotte Delbo avait en elle des ressources personnelles dues à son combat et aussi de sa non appartenance à la religion juive qui lui ont peut-être permis de survivre et d'en revenir vivante.

Elle a raconté, dans des ouvrages concis et sans pathos inutile, son expérience des camps et particulièrement dans un livre (éditions de minuit) au magnifique titre emprunté à Apollinaire: "Aucun de nous ne reviendra". Comme d'autres témoignages de l'indicible celui-ci met à nu la personnalité de son auteure et c'est une femme magnifique qui se livre dans des pages qui vont hanter le lecteur pendant longtemps.
Il y a une dimension parfois oubliée dans l’œuvre d'anéantissement des "ennemis du Reich" qu'a été le système concentrationnaire nazi, camps de travail et camps de la mort confondus: cette dimension c'est la volonté de faire souffrir, moralement et physiquement les personnes tombées aux mains du système. Beaucoup souffrir. Avant la mort.

Cette souffrance était appliquée sans distinction aux hommes, aux vieillards, aux femmes et aux enfants. Non contents de les exterminer avec une brutalité monstrueuse les nazis s'arrangeait pour les humilier, les battre et les torturer avant de les anéantir. Il s'agissait de faire renoncer à leur humanité celles et ceux qu'on massacrerait ensuite.

Dans le livre de Charlotte Delbo la torture du froid et les conditions de "travail" dans les marais ou la brutalité sauvage employée (inutilement) dans la création du jardin démontrent cette opération de déshumanisation. Ces traitements qui relèvent de la torture n'étaient pas dus au hasard ou à des personnalités dérangées mais étaient l'accomplissement d'un plan méthodiquement appliqué.

Le cœur se serre à la lecture du passage de la jambe artificielle et à celui du ruisseau dans lequel un SS envoie son chien pour le souiller plutôt que de permettre aux esclaves pathétiques de pouvoir étancher leur terrible soif.

Cette cruauté là, ce plaisir d'infliger des douleurs à ceux qu'on désigne comme des ennemis ou, pire, comme des parasites à éliminer n'a pas disparu avec la chute des nazis. On devrait y songer plus souvent et des livres comme celui là y contribuent.

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