Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 07:00

Les films sur le monde du travail, même parfaitement réalisés, ennuient le public qui préfèrera toujours une grosse comédie qui tache qu'une réflexion sur l'organisation du travail.

De peur d'ennuyer un public mal disposé le cinéma aborde les termes du travail incidemment et rarement comme objet premier du film. La comédie est alors privilégiée et la réflexion, si elle survient, est presque une surprise.

Le beau et bon film de Nicolas Silhol "Corporate" n'est pas une comédie. Ce n'est pas non plus un "film à thèse", catégorie qui fait aussi fuir le spectateur, mais un film dramatique qui se passe dans le milieu du travail.

Un de mes derniers employeurs, ressemblait assez à ce que "Corporate" décrit comme type d'entreprise. Locaux froids et fonctionnels mais cossus, personnels paranoïaques harassés et dirigeants cyniques et surs d'eux. Elle appartenait d'ailleurs à un fond de pension américain qui, par leur exigence de rentabilité record, sont au départ des conditions invivables qu'on y trouve souvent.

Le film raconte comment une responsable Ressources-Humaines (en réalité le terme cache qu'on ne parle ni de ressources ni encore moins d'humanité) a poussé un cadre au suicide et prend soudain conscience qu'on lui destine le même rôle qu'à sa "victime". Pousser les gens au désespoir avec des graphiques idiots et des formules boursouflées ("Corporate", "Pro-actifs"...) en accompagnant le tout de manoeuvres sournoises pour les pousser à partir d'eux-mêmes est une des méthodes de gestion des carrières de notre monde actuel.
L'ancienneté, la fidélité, l'implication ne pèsent rien face à des méthodes de management qui n'envisagent que le stress et la dépendance. Le "management par le stress" s'apprend tel quel dans les grandes écoles et pousser quelqu'un aux dernières extrèmités n'est non seulement pas critiqué mais souhaité, encouragé.

Lambert Wilson est excellent dans le film: il se bonifie avec le temps et rend plus que crédible son rôle de cadre supérieur froid et manipulateur. Une nouvelle venue, excellente, Céline Sallette est cette responsable R.H qui, contrainte, se remet en question. J'ai rencontré de ces femmes impeccables, tirées à quatre épingles et plus coupantes qu'une lame de rasoir. Le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne font pas de sentiment. Comme si leur poste dirigeant les contraignait à être plus dures que les hommes...

Le film est un peu didactique mais le sujet l'y contraignait. Tout y est juste et crédible et on est partagé entre dégoût et tristesse devant un gâchis inepte qui tue des personnes et broie des vies. Je n'ai pu m'empêcher de penser, une fois encore, que même si l'avenir d'une personne licenciée n'est pas rose; rien ne justifie qu'on se suicide. L'entreprise "gagne" sur toute la ligne puisqu'elle vous a fait nier votre propre humanité.

D'ailleurs l'entreprise du film n'en demandait pas tant: la démission lui suffisait amplement.

Pas sur que le patronat soit prêt à renoncer à des méthodes qui, hormis quelques accidents, a fait ses preuves. pousser à bout un salarié qui démissionne coûte moins cher qu'un licenciement. Aux "étages nobles", ceux des grandes directions, on raisonne en statistiques et de manière presque abstraite. On pousse les salariés à bout mais on les isole des autres et on les laisse déprimer du moment qu'il n'y a pas de vagues..

 

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Les bonnes feuilles du Poirier
  • : Le blog d'un Toulousain très critique sur l'actualité, et vachement calé en histoire en plus.
  • Contact

Stats

Visiteurs Uniques depuis le 22 Mars 2013
(18274 Visiteurs Uniques depuis sa création)

 

Il y a    personne(s) sur ce blog

 

Blog créé le 8 Décembre 2009

Pages