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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 07:00
Une des antichambres de l'enfer

J'ai regardé avec dégoût et fascination le film documentaire "Saigneurs" de Raphaël Girardot et Vincent Gaullier. C'est un document sans fard sur le personnel d'un abattoir au travail à la chaîne.
Si la mort des bêtes nous est épargnée tout le reste nous est montré et les haut-le-cœur voire l'envie de vomir vous prennent devant l'invraisemblable monstruosité du travail que font ces hommes et quelques femmes.

On le dit tellement souvent qu'on n'y croit plus pourtant jamais les expressions toutes faites relatives à "l'enfer" ne s'imposent à vous avec une telle force. A l'éviscération des vaches répond la peau blanche et la figure blême de l'ouvrier, quel que soit son poste, son âge ou son ancienneté. Ces hommes n'ont pas besoin de le dire: l'image parle pour eux. En travaillant une matière presque vivante (la chair, les os, les cornes, les pattes, les rognons, les langues...) ils martyrisent celle dont ils sont faits.

On a de la compassion pour eux, on les observe avec bienveillance en se demandant comment on peut atterrir dans un tel endroit à faire ce qu'ils font. Certains disent qu'ils s'empêchent de penser, qu'ils n'ont pas le choix, qu'ils veulent partir mais on sait bien que l'emploi est rare et que même celui-là est difficile à quitter volontairement.

Dans cet antre de la mort la mesquinerie humaine se donne libre cours: entretiens de fin d'année qui donnent envie de sauter à la gorge du "col blanc", cadences ahurissantes, remarques pitoyables et vexantes du petit chef... quitte à être en enfer n'oublions surtout pas les démons et les tortures.

On parle des blessures professionnelles, de l'usure du corps, des troubles liés aux postures et des gestes répétitifs. Tous, dans cette lumière livide semblent noyés dans un non-lieu dont ils ne savent comment sortir.

Les ouvriers noirs sont les plus philosophes qui n'en reviennent pas du nombre d'animaux qu'on tue au quotidien. Ils se marrent, littéralement, lorsqu'on leur dit que certains font toute leur vie professionnelle à l'abattoir: impensable pour eux.

L'un de ces noirs les yeux perdus, nous invite à regarder (3 secondes) l'agonie d'une vache. Il répète six ou 7 fois que le travail "n'est pas dur mais qu'il faut du courage".

Toutes ces vaches, réduites à l'état de carcasses sanglantes, tous ces veaux pendus par une patte et tous ces moutons attendant la mort lui font avoir cette réflexion pleine de bon sens: "si les gens voyaient ce qu'on fait ici tous les jours ils ne mangeraient plus de viande".

C'est aussi ce que se dit le spectateur. Avant de craquer sur un T-bone steak!

 

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