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27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 07:00

Pour Marie K** mais aussi pour d'autres je dessine le Toulouse qui vit et se transforme au jour le jour en devenant très doucement, presque imperceptiblement, une de ces fameuses "villes-Monde" qu'on décrit comme l'horizon insurpassable de cette planète.

Au premier abord ce qui frappe c'est l'intensité de la construction et de ses conséquences les plus visibles: des grues dans le ciel et au sol, d'innombrables travaux. On construit, on agrandit, on rehausse, on démolit... la ville est en évolution permanente. On construit partout. Les immeubles poussent le long des routes, des rocades, des canaux, des rues pavillonnaires qui semblent s'encanailler avec des immeubles de trois ou quatre étages faisant de l'ombre aux cerisiers des jardins privés. Même les endroits les plus improbables sont pris de frénésie immobilière. 

Corollaire on coupe les arbres, on bétonne en assurant qu'on replantera. De grands et beaux arbres sont subitement diagnostiqués malades ou à l'agonie et disparaissent promptement.  On dit même que la disparition des quatre rangées de platanes centenaires des Allées François Verdier est programmée, construction de la troisième ligne de métro oblige.

Les bus articulés (qu'enfant Nicolas appelait "bus-pliants") aussi se taillent la part du lion et nécessitent élagages des arbres et réfection des chaussées. La nouvelle tendance est, pour eux, la circulation en site propre.

La "piétonisation" du centre ville va bon train: tout est fait pour que la voiture s'y sente à l'étroit ou, disons-le, ne s'y sente pas du tout. Disparition des places de stationnement, invasion de parcs à vélos ou à motos, horodateurs aux tarifs exorbitants... l'automobiliste, à Toulouse, est très mal considéré.

Les chiens sont toujours très nombreux et leurs maîtres toujours aussi désinvoltes. Nous sommes dans le Sud! le SDF à chiens et son proche voisin le "jeune rebelle" à chiens également tiennent le haut du pavé.

Malgré ou à cause de tous ces freins la circulation est intense et la ville est assez bruyante. Sirènes, motos, camions, autobus, cars, tramways, voitures et même hélicoptères unissent leurs talents en une symphonie continue qui ne cesse qu'aux heures de la nuit.

Les enseignes de magasins, à l'image de ces "boutiques éphémères" changent vite et être une institution toulousaine ne les protège ni de la cherté de l'immobilier ni de la subite désaffection. Dernière institution en date: le cinéma multisalles UGC qui va disparaître des Allées Franklin Roosevelt.

Toulouse reste une ville accueillante et si l'indice de plaisir était constitué par les terrasses de cafés ou de restaurants elle serait dans les toutes premières du pays. En plein hiver, sous la pluie, on sort les tables et on installe les chaises. Et l'on s'y assoit.

La ville rose est aussi pleine de théâtres approximatifs, de salles de spectacles, de cafés-théâtres et autres salles de concerts. Des rues leurs sont presque consacrées. Il y a toujours une chanteuse argentine ou un one-man show passionnant à découvrir.

Malgré sa nouvelle mue, la dixième en 30 ans, le quartier Compans-Caffarelli reste désert hors les heures de bureau. Le Fer à Cheval et le Pont Saint-Michel sont embouteillés, le Capitole a des airs de défi et les Allées Jean Jaurès mettent du temps à sortir de leur chrysalide. Personne, en ville, ne croit à la réussite des Ramblas. Tout le monde veut voir la débâcle sans penser que "tout le monde" ça signifie une inauguration en fanfare!

Une chose étonnante et dérangeante a fait son apparition à Toulouse: la tente "Quechua" (Décathlon) arrondie en forme d'igloo qui accueille, aux endroits les plus divers (devant Air France, Au Pont St Pierre, devant le Musée des Abattoirs...) des familles de Roms ou de réfugiés. Il y en a beaucoup et c'est surprenant à plus d'un titre. Ces gens allongés au milieu des circulations..

Naturellement il y a aussi ces nouveaux modes de déplacements qui sont tous utilisés ici: trottinettes, roues, vélos, vélibs, scooters électriques etc. (incluant planches à roulettes motorisées ou pas). Ils ont conquis la cité et ne sont pas prêts à accepter des contraintes.

Toulouse, malgré sa bonne réputation culinaire, s'est couverte de fast-foods. Les McDonald's se comptent par dizaine, les Kébabs également. La mode japonaise n'a pas nui aux premiers arrivés et les pizzerias rapides comme les chinois sont partout. S'ajoutent désormais les Starbucks qui rattrapent leur "retard". La mode est aux restaurants "couloirs" ou un maximum de 8 à 10 personnes mangent devant la cuisine. Le principe est simple: comme il n'y a pas de place une queue se forme devant le restaurant, queue qui attire les nouveaux clients. C'est bête mais ça marche!

Le premier a avoir eu l'idée, "l'entrecôte", est une institution. Dans un décor moche de papier peint écossais on vous sert une viande presque sèche à force d'avoir été réchauffée nappée d'une sauce genre barbecue. C'est cher, c'est moyen mais le succès ne se dément pas. Canicule ou pluie la queue reste la même.

La ville s'est couverte de vélos à louer pour le temps qu'on veut, imités par la concurrence puis pour d'autres choses: trottinettes, vélos et scooters électriques, drones.... les pistes cyclables n'y suffisent plus. Et ce qui sert de trottoirs dans cette ville aux rues étroites est pris d'assaut par tout ce qui roule.

Mais la vie est toujours aussi agréable autour de la Garonne dans ces rues attrayantes et pleines de bruits.

 

 

 

 

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commentaires

MarieK 28/06/2019 21:02

Merci Bertrand pour cet état des lieux, on sent qu'envers et contre tout, Toulouse conserve une place privilégiée dans votre coeur. C'est très courageux et vaillant en même temps, étant donné la description ci-dessus et ce qui compose le tableau général.
Quelques remarques me viennent:
1) les travaux, encore les travaux, toujours les travaux (et j'aime le "personne ne croit à la réussite des Ramblas" lol)
2) Les Ramblas donc. Suggestion: lieu propre, ouvert, vaste, aéré, gratos, tout trouvé pour planter sa tente igloo, ce qui libèrera le déjà peu d'espace pour les piétons et trottinettes. On suggère au maire de "LaissezFaireCity"?
3) Starbucks! Ben il était temps, je dirais. Une ville "mondialisée", cosmopolite, sans Starbucks, y a un truc qui cloche, un village sans clocher, enfin un truc du genre
4) très intéressant ce concept du restaurant "couloir", très malin! Y en a un ou deux ici à La Jolla, près de San Diego, là pour le coup c'est tendance et ça marche, c'est très vrai parce que ça nous aimante, on s'y colle aussi allègrement, ne serait-ce que par voyeurisme (assumé) et par souci pédagogique, voler des conversations, histoire d'apprendre un peu de jargon local. Ici c'est une sandwicherie avec du "vrai" pain, ce qui explique le pourquoi du comment
5) Je vais pleurer sur la disparition de l'UGC, car comme vous le savez, j'ai sur la question des cinémas une hypersensibilité, exacerbée depuis que nous sommes aux US où on se jette comme des mort de faim sur le moindre docu, d'où qu'il vienne, et quel qu'en soit le sujet et la langue, c'est notre façon de revendiquer notre attachement à notre exception culturelle française. La confrontation avec la culture à San Diego est un choc, il faut regarder les choses en face.

Une question: qu'advient-il de Matabiau? Un petit reportage?
Et Ombres, Ombres Blanches, le vrai coeur palpitant de la ville, notre librairie qui n'a jamais aussi bien porté son nom, mon sanctuaire, mon refuge, ma dope, etc...elle tient le coup? Pourvu qu'elle résiste au naufrage environnant! Tant pis pour mon empreinte carbone, si Ombres est menacé, je n'hésite pas, je prends le premier vol!!

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