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29 octobre 2019 2 29 /10 /octobre /2019 07:00

Le cinéma Français est très injuste. Il fait des mamours à un Jean-Luc Godard qui n'a tourné que 2 ou 3 films regardables il y a plus de quarante ans et fait la fine bouche devant Henri-Georges Clouzot à qui l'on doit un cinéma autrement audacieux.
Ils préféreront toujours voir Anna Karina s'ennuyer et le dire ou Jean Seberg vendre des journaux à la criée que voir Charles Vanel écrasé par un camion dans une mare de pétrole...

Comme tous ceux qui sont au-dessus du lot Clouzot n'était pas homme de compromis. Pire, il avait des idées et les imposait.
Le documentaire qui lui était consacré et qui a été diffusé sur Arte dimanche 20 octobre 2019 rendait justice à un metteur en scène respecté, certes, mais rarement jugé à l'aune de son époque, de ses confrères et du cinéma en général. Je considère, pour ma part, que les essais techniques qu'il a fait (et qu'on trouve assez aisément en Blue ray) pour le film "l'enfer" avec Romy Schneider et Serge Reggiani qu'il ne pût finalement tourner sont tout simplement éblouissants et renversants. Cet homme avait le cinéma dans le sang.
Je ne reparlerai pas du film IN-DIS-PEN-SABLE qu'il a consacré à Picasso et qui voit le peintre créer en direct pour l'avoir déjà fait ici. ("Le Mystère Picasso" 1956).

Arte a rediffusé, pour cette "soirée Clouzot" la fameuse adaptation qu'il a faite du roman de Georges Arnaud "Le salaire de la peur" (1953).

Pour l'avoir vu à plusieurs reprises j'avais un sentiment mitigé sur le film. Un équilibre instable entre admiration pleine et entière et déception. Je trouvais Montand mauvais, le prologue beaucoup trop long, les rapports humains un peu "cliché" et le film  un peu long.

Je trouve Montant agaçant (il l'a toujours été à mes yeux) mais sa prestation dans le film est sobre et juste. On croit qu'il est ce looser prêt à tout, un peu gamin mais solide et déterminé. Vera Clouzot, sans être une "vraie" comédienne, donne corps et âme à son personnage pour le moins parti perdant. Peter Van Eyck est excellent tout comme Folco Lulli qui est un concentré d'humanité touchant.
Charles Vanel est tout simplement exceptionnel et prend la vedette du film dès son apparition à l'aéroport de "Las Piedras". Cet homme qui se déballonne, qui tombe une à une ses défenses jusqu'à la nudité de l'âme est à la fois insupportable et bouleversant. Oser interpréter un tel rôle n'est pas à la portée de tout le monde. Charles Vanel était coutumier de ces rôles peu reluisants et je me souviens encore de Simone Signoret, exaspérée, dans un film de Bunuel, lui cracher au visage: "t'es vieux, t'es moche, t'es minable". Qu'il ait déjà été dans ce registre n'enlève rien à son travail dans "le salaire de la peur". Je le répète, il est magistral.

Ce que j'ai appelé le prologue est indispensable à la compréhension du film, de la seconde partie et des 4 principaux personnages. Il possède la durée nécessaire et est à la fois riche, amusant, anecdotique et important. Les rapports futurs entre Montand et Vanel sont la conséquence du positionnement que prend le dernier entre son arrivée en ville et son départ comme co-conducteur du camion chargé de nitro-glycérine. La déception de Montand sera cause de sa brutalité (sans omettre un rapport sado-masochiste sous-jacent!).

On s'en souvient le film raconte le voyage à très haut risque des équipages de deux fois deux hommes convoyant des camions "normaux" sur lesquels on a placé des jerrycans d'un explosif instable destiné à souffler un incendie de derrick. Le mauvais état des pistes, la vitesse, la chaleur et les aléas des humeurs et de la nature humaine compliquant l'infernal trajet.

A l'issue d'une équipée tragique et pleine d'embûches le chauffeur Montand est le seul rescapé qui se tuera stupidement, tout à sa joie, sur le chemin du retour.

La copie restaurée, le noir et blanc très beau, une image recherchée et des situations bien amenées rendent ce film inoubliable et son suspense, pourtant éventé fonctionne toujours.

Certains passages comme le ticket de métro (séquence nostalgie), celui ou 3 chauffeurs pissent de concert et le personnage féminin interprété par Vera Clouzot sont clairement démodés et datent. Il est aussi incontestable que les dialogues ont pris de l'âge. Je pense en particulier à la réflexion de Charles Vanel à propos d'une indigène noire: "celle-là elle vient de descendre de son cocotier"!

 

 

 

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