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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 07:00

Je n'ai jamais été très sensible au cinéma de Claude Sautet. Je le trouve souvent ennuyeux et trop "léché". Parlerait-on de peinture je dirais "académisme". Je reconnais qu'il obtenait souvent le meilleur de ses interprètes et que sa mise en scène était fluide tout en étant précise.
Je pense que c'était la France qu'il nous donnait à voir que je n'aimais guère. Celle de "Vincent, François Paul et les autres" comme celle de "Un coeur en hiver" en passant par "Une histoire simple" (qui dessine le portrait d'une femme pénible et jamais satisfaite), une France étriquée et inintéressante.

Montand, Piccoli, Schneider en faisaient trop et composaient des personnages auxquels il était difficile de s'identifier et plus encore de s'attacher.

J'ai revu (pour la seconde fois) "Un mauvais fils" sorti en 1980. Je suis sorti de sa vision (Arte, lundi 4 mai) très partagé: Patrick Dewaere est tellement son personnage qu'il en génère le malaise. On a l'impression qu'il "ne joue pas" et qu'il a recherché en lui les failles béantes de l'homme brisé qu'il incarne.

Les personnages joués par Yves Robert (son père dans le film) et Claire Maurier (la maîtresse de son père) sont sinistres et, s'ils sont crédibles, ils plombent le film par l'ennui de leur vie et de leur relation. Brigitte Fossey est touchante et impeccable. Jacques Dufilho est très bon dans un personnage un peu caricatural qu'on a vu cent fois au cinéma (l'homosexuel cultivé, mélomane et sensible qui porte le poids du monde)

En regardant le film on se demande parfois pourquoi les gens se droguent si cela les rend aussi dépressifs et suicidaires! Il est vrai que le scénario est sans concession et qu'on n'est pas chez Blake Edwards. Si on a lu l'intrigue et qu'on est resté au-delà des 5 premières minutes on n'a aucune excuse!

Car tout, dans ce film, est "glauque". Les décors hyperréalistes sont affreux (métros, Puces de St Ouen, cafés et restaurants crapoteux, appartements miteux ou vides, rues sous la pluie d'hiver, vêtements moches, chambre de clinique, chantiers etc.)

Ce qui, selon moi, sauve le film est la façon dont est filmé Dewaere et le jeu de l'acteur.

Pas vraiment beau ni lumineux ce n'est pas un "jeune premier", mais il émane de lui un mélange de "volonté d'y croire" que tempère un sourd pessimisme. Ses regards font passer mille émotions tandis que sa gestuelle nous le rend tantôt attachant tantôt lointain, jamais indifférent. Les rapports du "mauvais fils" (en fait il est confronté à un père insupportable, froid, incapable d'exprimer un sentiment ni de communiquer) avec l'homme qu'interprète Yves Robert sont désespérants et sans issue.

J'ai, cependant, aimé certaines scènes bien que l'ensemble soit décidément bien ennuyeux. Le parti-pris "vraie vie" que l'on retrouve dans les personnages et les décors est une impasse: va t'on au cinéma pour voir des êtres humains englués dans un destin minable? je pense qu'on est alors trop proche du cinéma-vérité.

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