Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 07:00

Les librairies Gibert Jeune n'étaient pas, il faut bien le reconnaître, si jeunes que cela. Elles fonctionnaient sur un mode plus proche de Zola que d'Apple.

Le personnel fixe ou à l'année était constitué, du moins à ce que j'en ai constaté, d'hommes et de femmes très particuliers. Le moins que je puisse en dire est que ce n'est pas l'ambition qui les motivait.

Routiniers, grincheux, racistes, pinailleurs et mesquins la plupart des vendeurs de chez Gibert étaient recrutés non pour leur potentiel mais justement parce qu'ils n'avaient pas de potentiel. C'était un choix et une politique de la maison.
Malgré cela quelques uns et quelques unes se singularisaient et avaient à cœur la satisfaction du client. Je peux même dire que dans cette société qui n'aimait rien moins que l'on se signale il y avait des personnes pour se singulariser par un authentique talent.

Ils étaient rares, faut-il le préciser. La faute à une organisation antédiluvienne, à des salaires minables, à des perspectives de carrière nulles et à une atmosphère de travail pesante sans oublier une hiérarchie tatillonne et militaire.

Pour le client aussi les procédures étaient vieillottes: il choisissait son livre ou son disque, le faisait enregistrer, on lui donnait un ticket, il allait payer, revenait avec son ticket tamponné, refaisait souvent la queue et récupérait enfin son article. Ouf!

Ça sentait le vieux dans toute la maison! il y avait quelques salariés qui mettaient encore une blouse grise, les livres soldés et d'occasion, les tristes coulisses; la pointeuse impérieuse, l'organisation ossifiée.... C'était juste un petit boulot d'étudiants, juste un cran au-dessus "d'équipier"chez Mc Donald's.

J'y ai fait les paquets-cadeaux à Noël et j'aidais au rachat des livres scolaires à la rentrée. Dieu! que c'était ennuyeux. Des parents vexés qu'on leur rachète presque rien et à un prix dérisoire, des casiers en fer pour mettre les livres rachetés, une table tournante pour poser les piles de livres. La grisaille vous tenait au corps.

J'ai travaillé à plusieurs reprises au magasin de Strasbourg-St Denis, quartier pauvre et triste situé derrière la République, haut-lieu de la prostitution de rue.

J'y suis retourné une ou deux fois depuis et n'ai pas trouvé que le quartier comme le magasin avaient changés. Enfin pas tant que ça. L'accès au "rayon CD" se faisait encore par un escalier branlant* en ferraille qui descendait au sous-sol encombré.

La presse nous apprend que les magasins Gibert Jeune sont à deux doigts de la liquidation, de la fermeture définitive.

Je me souviens de ce chefaillon, fier de me montrer un livre sur l'occupation, dans lequel une photo le montrait dans une bicoque extérieure, déjà chez Gibert Jeune...

Un style impossible à réformer.

* PS: le rival familial, Joseph Gibert ressemble comme deux gouttes d'eau à Gibert Jeune. Le magasin de Toulouse a aussi l'escalier en ferraille rouge!

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Les bonnes feuilles du Poirier
  • : Le blog d'un Toulousain très critique sur l'actualité, et vachement calé en histoire en plus.
  • Contact

Stats

Visiteurs Uniques depuis le 22 Mars 2013
(18274 Visiteurs Uniques depuis sa création)

 

Il y a    personne(s) sur ce blog

 

Blog créé le 8 Décembre 2009

Pages