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7 septembre 2021 2 07 /09 /septembre /2021 07:00

Il y a des livres, comme celui d'Yves Gibeau "Allons z'enfants" qu'on lit sans se rendre compte qu'ils laissent une trace profonde en vous. On les oublie et, si l'on retombe dessus on constate que contrairement à d'autres, peut-être mieux écrits, sans doute plus profonds ou possédant un sujet plus intéressant une familiarité avec l’œuvre et une sorte de connivence avec l'auteur et le livre s'est développée qui ne demandait qu'à être sollicitée.
J'avais lu ce livre bien avant qu'Yves Boisset ne l'adapte -bien selon moi- au cinéma (1981). Il m'avait remué par sa lucidité et le récit de la bêtise et de la cruauté des institutions militaires m'avait rappelé l'exécrable souvenir de mon année sous les drapeaux pour le regrettable service militaire.

Je garde en effet, malgré la distance du temps, un épouvantable souvenir de cette année inutile au contact d"abrutis professionnels (peu ou prou les militaires de métier) et de débiles plus ou moins profonds (les appelés dans leur immense majorité). Lâcheté, misogynie, cruauté, bêtise, arbitraire, hypocrisie, paresse, alcoolisme, jalousie, envie, mesquinerie, virilité de pacotille... je les ai observés comme jamais à la caserne qui est un lieu de répugnance.

Pour supporter cette engeance j'ai fait ce qu'on appelait alors le "peloton des élèves gradés" et ai eu successivement les grades de caporal, caporal-chef et maréchal des logis. Une fois les classes passées on m'a refilé une sinécure dans laquelle je me suis fait oublier et dans laquelle j'ai essayé d'oublier mon environnement. 12 mois qui ont conforté mon goût pour la chose militaire forgé par les récits de Zola (la débâcle), Remarque ("A l'Ouest rien de nouveau"), Ernst Jünger ("Orages d'acier"), Henri Barbusse ("Le Feu") et de nombreux autres!

Je reviens à "Allons z'enfants" qui est un roman fortement inspiré par les souvenirs de l'auteur. Son père était un adjudant bas du front (pléonasme!) qui voulait une vie de caserne pour son fils tout en savourant la gratuité des écoles d'enfants de troupes, sorte de bagnes pour enfants fauchés. Discipline absurde, vexations, humiliations, abus, cruauté, méchanceté gratuite.... rien n'est épargné à ces pauvres enfants qui avaient le seul tort d'être nés au mauvais moment et à la mauvaise place.

Chalumot, que l'on suit de près est un enfant intelligent (première tare), sensible (deuxième) et qui s'exprime bien (troisième). Il ne comprend pas ce monde et encore moins pourquoi il y est maintenu de force. Fatalement il devient la tête de turc de presque tous et sa vie est une litanie d'avanies.

Et Dieu sait que les galonnés et les cons ont de l'imagination pour tourmenter ceux qui ne plient pas l'échine ou dont la tête dépasse!

En vidant un carton oublié je suis retombé sur ce vieux livre de poche aux pages jaunies et cornées, à la tranche virant du rouge à l'orange et dont certaines descriptions étaient soulignées. Je l'ai relu en une journée et ai eu l'impression de changer d'époque sinon de monde.

Comme notre niveau de vie est élevé! comme la société a évolué! comme le respect des autres est pris en considération. Pas de cellule psychologique ni de droits des enfants au temps des enfants de troupes: des torgnoles, des coups et de la viande avariée.

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