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17 décembre 2021 5 17 /12 /décembre /2021 09:05
Ce que je sais d'Irène Némirowsky

Il y a quelques années, avant que "Suite Française" ne décroche le Prix Renaudot (2004), j'avais lu ce roman inachevé et posthume de Irène Némirovsky. On avait beaucoup parlé et écrit sur ce livre parce que c'était la première fois que le prix prestigieux était attribué à un auteur mort et pour un livre vieux de plus d'un demi-siècle. Les circonstances de la mort de l'auteur, arrêtée par la police Française (13 juillet 1942) sa déportation et sa fin à Auschwitz donnèrent de l'écho à cette affaire littéraire.

Et, il faut le souligner, c'était mérité parce que le livre, retrouvé presque par miracle, est un bon livre dans lequel la personnalité de son auteure se donne au lecteur.

Je sais que, pour moi en tous cas, la fin ignoble et tragique de cette femme de lettres a dû influencer à la marge mon appréciation de son roman "Une Suite Française".  D'ailleurs j'ai essayé de lire d'autres livres ou nouvelles de Irène Némirowsky (dont le "David Golder", son livre le plus connu et qui fut un "best-seller" avant-guerre) sans y parvenir: bien écrit signifierait dans ce cas académique. Fort du succès et de la renommée de la "Suite" les éditeurs ont publié des livres qu'on ne trouvait plus que chez les bouquinistes ou au merveilleux "Village du livre" de Montolieu (Aude).

Elle était juive, Russe, avait fui la Révolution bolchévique avec sa famille, appartenait à la bonne bourgeoisie et n'est malheureusement pas parvenue à obtenir la nationalité Française qui lui aurait sauvé la vie et celle de son mari.

Je suis tombé, dans une librairie de l'Avenue de Mont-Royal à Montréal que j'aime visiter à mes passages au Québec, sur un livre consacré à Irène Némirovski (Susan Rubin Suleiman "La question Némirowsky" - Albin Michel 2017) qui sans être une biographie classique s'attache à (faire) découvrir la vraie personnalité de cette femme, son moteur (l'ambition littéraire), ses choix heureux et malheureux, sa méthode de travail, ses succès littéraires, sa trace dans la littérature du XXème siècle, sa vie familiale, sa descendance...

Le livre est très intéressant et, curieusement, ne rend pas sympathique le sujet qu'il étudie. En fait le martyr de l'écrivain ne rachète pas ses légèretés, son mépris de classe, les choix littéraires qui furent les siens et jusqu'à son attitude mettant en danger ses propres enfants dans une abominable période.

Je veux dire que personne, ayant vécu la Shoah et Irène Némirovski pas plus que quiconque n'a à être jugé et sa vie mise en balance avec son assassinat. Les errement humains de ces victimes n'absolvent ni leurs meurtriers ni eux-mêmes.

Par ailleurs ce livre intelligent et documenté aborde des sujets toujours brûlants (l'antisémitisme, la peur et la haine des migrants, l'opposition entre littérature bourgeoise et écriture anarchique, surréaliste, nouvelle,  opposition entre juifs pratiquants et les autres, Académie Française etc).

Je conseille, sinon ce livre qui doit être difficile à trouver, "Suite Française" à celles et ceux qui sont passé-e-s à côté.

 

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