Le cratère est l'un des nombreux cinémas d'art et d'essai de Toulouse. Sa programmation est surtout consacrée à des films sinon difficiles du moins plus ardus que ceux qui sont distribués dans les grands circuits habituels.
Il draine un public exigeant et constitué de connaisseurs et les films les plus improbables y trouvent un public fidèle et concerné.
J'y ai vu "la disparition de Josef Mengele" un film qui répond bien aux critères en question. En noir et blanc (une belle image, des contrastes superbes), en Version originale sous-titrée et interprété par des comédiens que je n'avais jamais vus auparavant. C'est d'ailleurs un excellent choix scénaristique, le personnage étant comme effacé par ses crimes.
Le film* est long (2H14) souvent incompréhensible mais pas inintéressant. Il retrace des moments de la vie de l'un des plus incontestables assassins nazis n'ayant pourtant jamais été jugé. Mengele était médecin SS, officier et chercheur en matière de race et de gémellité. Il avait le feu vert pour ses recherches, même les plus improbables et droit de vie ou mort sur les cobayes qu'il choisissait à l'arrivée des convois d'Auschwitz.
A la fin de la guerre et bien qu'activement recherché il réussit à passer entre les mailles du filet et mourut par noyade accidentelle en 1979 au Brésil sans jamais avoir manifesté le moindre remord , au contraire.
Par contre il vivait dans l'angoisse permanente d'être reconnu, jugé puis exécuté. Le film imagine un dialogue compliqué entre Mengele et son fils, sa fuite devant les chasseurs de nazis qui le voulaient à tout prix.
Le film, je l'ai dit, est en noir et blanc pour le présent et en couleur pour le passé idéalisé.
En couleur donc un passage effroyable de sélection de deux Juifs manipulés comme de la viande ou des objets puis tués d'une balle dans la tête avec un réalisme glaçant.
Autre passage en couleur dérangeant un groupe de nains et de naines chantant un opéra dans une scène elliptique.
Le comédien est dans son rôle qu'il habite littéralement. Il est détestable et ne possède rien qui puisse le faire comprendre et, a fortiori, pardonner.
Il crie tout le temps, ne regrette rien, terrorise son entourage qu'il méprise et rejette.
C'est aussi ce que nous faisons avec lui qui fut l'archétype du tueur allemand sur de son bon droit et que n'empêchait pas de dormir son quotidien de bourreau à l'alibi scientifique. Le Mengele qui nous est proposé ne renie rien de son passé, au contraire et considère que sa guerre est digne d'éloges.
Un film dérangeant et glaçant qui n'apporte pas de réflexion nouvelle sur les grands criminels de guerre et la façon dont ils s'arrangeaient avec leur conscience. Certaines scènes sont insoutenables: l'autopsie ou la mort du cochon en font partie.
* "La disparition de Josef Mengele" de Kirill Serebrennikov (2025).
