Je n'ai actuellement aucun vrai souci et tant ma santé que mes pensées n'ont aucune raison d'occasionner ces insomnies qui soit m'empêchent de m'endormir soit me réveillent de très bonne heure. Et pourtant elles raccourcissent mes nuits..
Dans ce cas j'essaie d'être discret: je lis, je vais regarder la Garonne du balcon, je joue (un peu) avec le chat (mais depuis qu'il va mieux il m'envisage à nouveau et uniquement comme un DAC (distributeur automatique de croquettes), je vais sur l'ordinateur (ce matin: les 50 voitures les plus moches, Trump élu président pourra t'il dénoncer l'accord de Paris?), je vais me faire un thé ou je regarde un film en streaming.
Je regarde aussi les premiers avions décoller de Blagnac et les premiers tramways passer en bas, dans la rue. Je regarde aussi les derniers fêtards rentrer chez eux en zigzaguant sur la même avenue.
A six heures du matin le tramway est pratiquement vide. 4 ou 5 passagers ont pris place à bord qui tous, je le vois d'en haut, ont leur téléphone allumé et un écran dans les mains. Qui peut-on appeler à une telle heure très matinale? mystère.
On l'a mille fois dénoncé, on s'en défend mais le téléphone mobile est bel et bien devenu la plaie de notre époque. Samedi, seule journée (ou presque) ensoleillée du mois dans la région Midi-Pyrénées les terrasses extérieures des restaurants de la jolie cité médiévale de Mirepoix étaient enfin accueillantes. Un cornichon débraillé a passé une communication téléphonique de travail de plus de 30 minutes seulement interrompue par un citoyen britannique qui, excédé, lui a demandé de bien vouloir la stopper.
Dans le bus, dans le tramway, dans l'avion (dès qu'il est au sol), dans le train, au restaurant, au théâtre (oui, vendredi au Théâtre du Pavé un téléphone a sonné avec insistance pendant le spectacle), à l'hôpital et même à vélo nous téléphonons.
Peut-être est-ce ce constat accablant qui m'empêche de dormir? la place proprement stupéfiante qu'a prise cet objet relativement inutile?
