La couverture et le dossier du Nouvel Observateur sur le viol m'ont fait me souvenir
de cette scène épouvantable, dans le film de Jean Becker "L'été meurtrier" où trois
ordures viennent violer une femme isolée dans la montagne en la menaçant de lui
"casser les dents" si elle parle.
J'ai encore en mémoire le récit de l'actrice Maria Machado qui est insoutenable.
Plus encore que le film avec Monica Bellucci qui, pourtant, était affreusement pénible.
Dans ce dossier -hélas trop succint- tout est dit de l'ignominie de cet acte et de la
destruction de la personnalité qui en résulte pour celle qui en est victime.
Il est dit que très peu de plaintes arrivent sur les bureaux des juges et que moins
encore sont jugées aux assises, les faits étant souvent requalifiés parce que
minimisés.
La difficulté qu'il y a à dire ce qu'elles ont vécu, l'horreur de le répéter, de se
justifier et de faire face à celui qui les a souillées rebute nombre de femmes violées
à dire leur douleur et leur révolte.
Quand, en plus, c'est un proche qui a trahi leur confiance c'est encore plus difficile.
Les stéréotypes et le doute sur le consentement réel de la victime, presque toujours
évoqué par le violeur, empêchent ce crime d'être reconnu pour ce qu'il est.
Ce dossier, avec ses faiblesses (son côté "people", son aspect "choc" et ses articles
trop courts), a le mérite de parler d'un fait traumatisant et inadmissible qu'on a trop
tendance à recouvrir d'un voile fait de silence et d'oubli (pour les autres, pas pour la
victime qui doit essayer de continuer à vivre avec).
Or, n'en déplaise à Boris Cyrulnik qui commence à m'agacer avec ses théories sur
la résilience, les victimes de viol sont des personnes abîmées pour la vie entière.
Certaines s'en remettent, un peu, aucune n'oublie le traumatisme.
A mon humble avis notre société fait des erreurs en ne voulant pas voir certaines
réalités physiologiques humaines. En ignorant la sexualité masculine et sa réelle
dictature, en voulant canaliser celle-ci tout en feignant d'en ignorer l'exigence on
laisse les hommes les plus faibles aux prises avec un dilemme insurmontable;
Quand, en plus,on jette l'anathème sur la prostitution, on ne peut que deviner qu'il
y en aura toujours d'assez frustres, d'assez immatures, d'assez violents pour
imposer des rapports sexuels à des personnes fragiles ou sans défenses.
Si l'on ajoute que certains hommes sont de vrais prédateurs qui savent de manière
innée repérer une fille ou femme qui se laissera "embobiner" ou qui n'opposera pas
de résistance on verra que pour faire diminuer le nombre de viols c'est très en amont
qu'il faudra agir.
Loin de moi l'idée de justifier cet acte immonde par je ne sais quelle force obscure
qui pousserait ceux qui commettent des viols à le faire mais, tant qu'à parler de cet
acte autant ne pas laisser de non-dits.
Parler de respect et de Droits de la femme c'est très bien mais c'est toucher une part
seulement des violeurs potentiels.
Dans cet acte criminel la jouissance personnelle et le déni de l'autre sont à parts égales.
Comment espérer convaincre ceux pour qui la force supplée la réflexion et ceux pour
qui toute femme est une proie possible?
Quoi qu'il en soit cette campagne a le mérite d'exister et, si ne serait-ce que quelques
femmes échappent grâce à elle à cette affreuse épreuve elle n'aura pas été faite pour
rien.
