Autour de moi, lorsque les langues se délient, ce ne sont que fâcheries entre frères et sœurs. Le vieillissement des parents est souvent le révélateur de ces oppositions et, si l'on essaie d'être objectif, il est bien normal que ceux qui prennent en charge l'essentiel du vieillissement parental en veuillent à ceux qui l'évitent.
Personne n'est préparé à la corvée que représente le soin à ses vieux parents et celles et ceux qui s'y collent sont rarement remerciés du temps et de tout ce qu'ils consacrent à des fantômes de parents.
Personnellement j'ai mauvaise conscience de ne consacrer qu'aussi peu de temps à ma mère. Les kilomètres, l'hébergement et la fatigue, un Parkinson diagnostiqué et travaillant silencieusement depuis des années sont des arguments que je ne sens pas très solides même s'ils sont la réalité.
J'essaie de me mettre à la place des autres et conçois qu'ils ont aussi de bonnes raisons de maudire la proximité géographique qui les condamne à en faire toujours plus pour toujours moins de remerciements.
Et de m'en vouloir de ne pas faire plus.
Mais nous avons avec notre mère un passif à chacun personnel qui rend sa sujétion plus ou moins acceptable. Par ailleurs nous sommes aussi parents et parents pas jeunes. Il nous faut reprendre la place familiale qui fut la nôtre et dont on a eu tant de peine à se débarrasser. celui ou celle que nous fumes et ne sommes plus "revit" au moment où nos parents disparaissent et ce n'est pas la moindre des contrariétés à affronter.
Je ne sais si mon frère et mes sœurs ressentent cela mais je doute que les nuits sans sommeil, les cauchemars, la culpabilité, la tristesse de ne pas faire plus et se retrouver face à des scories d'un passé qui n'est pas passé doit bien les accabler eux aussi.
La très lente fin de ma mère qui a 96 ans et rien renié de ce qu'elle était ni voulu affronter sa "légèreté" et des failles éducatives importantes empêche tout rapprochement et pardon. Elle s'éloigne et nous n'aurons pas les réponses à nos questions.
Entre ses enfants la situation est figée et le restera sans doute. L'une d'entre nous a définitivement rompu avec les quatre autres persuadée qu'elle détenait la majorité des souffrances. Les autres font de leur mieux pour ne pas sombrer dans l'amertume. Elle était un personnage unique et complexe . Je conserve de ma mère de bons souvenirs que sa situation présente détruit un peu plus à chacune de mes visites.
"Génitrix" est un roman de François Mauriac (1923)
