Je suis à la retraite. Concrètement cela signifie que je suis payé à ne rien faire. J'ai gagné un peu d'argent pendant un peu plus d'une vingtaine d'année et cela a suffit pour que ma pension de retraite soit sinon large du moins très acceptable. Comme je ne joue pas, que je n'ai pas de passion dévorante, que je ne collectionne pas les enclumes en or massif, que je n'ai pas dix femmes exigeantes qui me donnent rendez-vous place Vendôme pour que je leur témoigne ma reconnaissance de leur intérêt pour le croûton que je suis devenu, comme je me fiche des voitures et des éditions pour bibliophiles et que je reste raisonnable en voyages et plaisirs chers je vis comme j'aime. Sans compter mais sans excès. Mes enfants se débrouillent bien tous seuls et ne me demandent rien et mes petits enfants ont des désirs faciles à satisfaire.
Etre retraité c'est avoir 24 heures sur 24 libres. Totalement libre. Tellement libres que je me suis imposé des obligations qui finissent par devenir des contraintes. A moins que ce ne soit des contraintes qui soient devenues des obligations.
J'ai une activité bénévole (une demi-journée par semaine), je me suis inscrit à un stage d'un an au syndicat des apiculteurs d'Occitanie et je joue au ping-pong un après midi par semaine. Hors la période de repos de la terre j'ai des activités horticoles (je suis devenu jardin compatible), je cours les expositions (dernièrement Alberto Giacometti à Toulouse et visite les musées (récemment le merveilleux musée d'art sacré de Pont Saint Esprit dans le Gard), je regarde des DVD que je prends à la Médiathèque José Cabanis de Toulouse qui est formidable par les choix qu'elle offre et je fais des balades à vélo le long des deux canaux toulousains (celui du Midi et celui qui est latéral à la Garonne), je m'occupe (un peu) des abeilles de Françoise et enfin je retourne au cinéma puisqu'il semble qu'on puisse enfin y retourner et voir des longs métrages de qualité.
Toutes ces occupations valent bien un travail et, si j'avais su, j'aurais plutôt choisi ces activités plutôt que le travail. Je devais avoir les qualités d'un rentier plus que celles d'un salarié.
