Du fond de l'appartement montaient des superlatifs laudatifs concernant pourtant l'un des plus épouvantables chanteurs de variétés de langue française, l'insupportable Jean-Jacques Goldmann, rimailleur surévalué et voix exécrable.
J'entendis, dans mon brouillard, la phrase redoutée et malheureusement régulièrement prononcée le concernant et valable pour tant d'autres têtes à claques: "c'est la personnalité préférée des Français".
J'ai cru reconnaître la voix agaçante de Mireille Dumas prononcer cette ânerie sans fin.
Prenez un autre de ces préférés des hexagonaux, le redoutable François Truffaut. Des années après sa disparition sa filmographie, pleine de courants d'airs et de navets grumeleux reste largement surévaluée.
Certains s'extasient encore à propos du cycle Antoine Doisnel qui aurait "révélé" l'insupportable Jean-Pierre Leaud, l'un des pires acteurs hexagonaux. Cette série vieillotte, creuse et sans l'ombre d'un intérêt est pourtant à elle seule suffisante pour accabler le cinéaste du "dernier métro", de "la chambre verte", de "la femme d'à côté", de "la sirène du Mississippi", de "l'enfant sauvage", de "Fahrenheit 451", de "tirez pas sur le pianiste", de "la mariée était en noir", de "Vivement dimanche!", de "l'histoire d'Adèle H" et de "Une belle fille comme moi". Cette liste non exhaustive enterrant les velléités de trouver la moindre circonstance atténuante à un homme qui, à l'époque où il fut critique, fut impitoyable pour ses prédécesseurs avant de réaliser lui-même des pensums bien inférieurs aux leurs.
Si "la nuit américaine", "la peau douce" et "les 400 coups" pourraient lui valoir une vague indulgence ce ne sont certainement pas "l'argent de poche", "l'homme qui aimait les femmes" et "les mistons" qui pourraient en dire autant.
Naturellement les goûts et les couleurs ne se discutent pas mais une carrière se juge sur sa production et celle de "Saint-Truffaut" semble échapper à toute critique! ses navets mal joués et mal filmés restent hors de portée de la critique qui les révère en bloc.
ça a vieilli, le jeu des comédiens et comédiennes est faux (chez Truffaut le dialogue est théâtral et ne sonne pas "vrai"), l'image est souvent la parente pauvre (et tant pis pour Nestor Almendros) et le scénario sacrifié. Pour ne rien dire de l'épaisseur des histoires mises en images.
J'attends toujours le premier coup de masse sur la statue mais il tarde à arriver: dire du mal de la truffe ce serait commettre une indécence et s'exposer à la réprobation générale.
...Et le pire c'est que cette admiration moite et révérencieuse est universelle: j'ai vu hier une grande actrice américaine parler de pépé Truffal avec des trémololos dans la voix!
