Jeudi soir France 3, chaîne publique, diffusait un magnifique document sur Claude Nougaro. Un film hommage comme on en voit peu: respectueux, travaillé, documenté, sincère, sensible, admiratif mais pas trop, une réussite totale.
Dit par Olivia Ruiz le commentaire était parfois ampoulé mais laissait transpirer une telle admiration que cela n'avait aucune importance.
J'ai découvert Nougaro en m'installant à Toulouse en 1993. On le sait, le chanteur avait un lien particulièrement fort avec sa ville natale qui le lui rendait bien. Je n'avais pas fait l'effort de m'intéresser à lui avant à cause du jazz que je n'ai jamais compris et parce que sa voix ne me plaisait pas. J'en étais resté aux chansons de ses débuts et n'avais pas "creusé" le sujet. Je connaissais Nougaro, le considérait comme un bon chanteur possédant un répertoire de qualité.
J'avais tort: Nougaro, comme Moustaki, Béart, Mouloudji, Catherine Sauvage, Anne Sylvestre et quelques autres méritait une admiration qu'on ne mégotait pas pour des gens infiniment moins complexes... et moins talentueux. Ses sources d'inspiration, son amour de la langue Française, sa passion pour la poésie expliquent la richesse de sa verve et la diversité de sa palette.
L'homme, je l'ai appris hier, était tourmenté et sa vie a été complexe. J'ai vu et entendu hier des choses passionnantes comme sa relation avec Jacques Audiberti, substitut paternel alors que son père était présent et bien présent. Ses relations avec "ses" femmes et ses amis, avec ses musiciens et les producteurs, arrangeurs, auteurs, acteurs du monde de la musique, intenses et personnalisées étaient intéressantes à suivre.
Côté personnel ses filles parlaient avec réserve et pudeur de leur père tandis que sa dernière femme, Hélène, parlait de lui comme d'un homme remarquable.
J'ai beaucoup apprécié le documentaire lorsqu'il a abordé les dix dernières années de la vie du compositeur de "Cécile" et de "Tu verras, tu verras": C'est à ce moment que je l'avais découvert; touché par sa "gentillesse" et sa simplicité. J'ai assisté à deux récitals dont le dernier à Toulouse (à Port Viguerie au début des années 2000.) Je me souviens de mon indignation lorsque sa maison de disques, Barclay, lui avait "rendu son contrat" (l'avait viré!) en arguant du fait qu'il ne vendait plus. (avec Henri Salvador il avait connu cette humiliation inadmissible et avait transformé cette indignité en claque monumentale en publiant ailleurs un disque "Nougayork" qui fut un succès phénoménal). Les derniers albums de sa vie, ses interviews, sa rencontre avec le succès... cette dernière partie de sa vie m'avait bouleversé.
Et j'avais trouvé bien qu'il termine sa vie professionnelle en publiant un album très jazz sur le label "Blue Note", renouant avec ses débuts. La boucle était bouclée.
