Comme je n'aimais pas les films choisis par les différentes chaînes de télévision pour rendre hommage à Bertrand Tavernier après son décès j'ai regardé "Le coup de torchon" sur Netflix qui me semblait être un meilleur choix.
La distribution est solide (Huppert, Noiret, Marielle, Guy Marchand, Michel Beaune, Stephane Audran) le scénario adapté du roman de Jim Thompson et transposé au Sénégal de l'époque coloniale est signé Bertrand Tavernier et Jean Aurenche tandis que les décors sont de Alexandre Trauner et la musique de Philippe Sarde. N'oublions pas la très belle photographie de Pierre-William Glenn.
Comme dans "la victoire en chantant" de Jean-Jacques Annaud l'humanité qui s'agite sur l'écran n'est pas reluisante. Les Français expatriés montrés dans leur "œuvre civilisatrice" ne sont pas brillants, c'est un euphémisme.
Philippe Noiret tient le rôle principal, celui d'un policier d'une rare médiocrité qui, subitement, se venge des avanies que tous ses proches et les administrés du coin lui ont fait ou font subir. Un "mouton enragé" assez peu crédible en redresseur de torts devenu plusieurs fois meurtrier. C'est d'autant plus incroyable qu'une pensée intelligente semble lui parvenir concomitamment. Le mépris change de camp et c'est lui qui, désormais, l'éprouve, au point de tuer de sang froid un jeune africain à qui il reproche de "trop lécher le cul des blancs".
Marielle et Gérard Hernandez sont deux affreux maquereaux auxquels le policier humilié inflige une mort à laquelle ils ne croient pas. Il faut les voir chanter "Ô Catarina bella" avant d'être envoyés ad patres dans une scène bouffonne et inattendue.
Isabelle Huppert joue une conne sensuelle ce qui n'enlève rien à son talent puisqu'on y croit. Stéphane Audran incarne une femme peu crédible et Eddy Mitchell son frère-amant; assez minables tous les deux.
Guy Marchand fait du Guy Marchand et nous n'attendons rien d'autre. D'autant plus qu'il le fait très bien ("poil au chien" private joke destiné à ceux qui ont vu le film).
L'action est mince. Ces personnages sans intelligence ni conscience (sauf l'institutrice) traînent toute la journée et vivent une vie médiocre et pleine de bassesses. Ragots, adultères, racisme, petites combines et conversations au ras du sol forment leur ordinaire. Le policier se venge des avanies qu'on lui fait subir (sabotage des latrines, assassinat de deux maquereaux puis du mari violent d'Isabelle Huppert dont il est vaguement l'amant, meurtre d'un noir pas malin etc.). C'est un jeu de massacre amusant, aux dialogues réjouissants mais qui ne mène nulle part.
J'imagine qu'outre le livre ("1275 âmes") qui l'a suscité le film louche aussi du côté du "Voyage" de Céline mais c'est une comparaison un brin flatteuse.
Le spectateur passe un bon moment, la scène d'ouverture avec 5 enfants noirs affamés est superbe, c'est bien joué, formellement le film "tient la route" mais, cette fois-ci, je n'ai pas autant "adhéré" que les autres en le visionnant.
Les Français de l'écran doivent être trop ressemblants avec ceux que la pandémie nous fait voir. Affreux, vains, veulent, stupides et arrogants.
PS: France 5 a diffusé ce film le 29/03, toujours en hommage à Tavernier.
