Je ne mens pas, promis. J'ai failli laisser tomber ma tasse en entendant Ariane Chemin*, auteur ("autrice" disait le grotesque journaliste qui l'interviewait) d'une biographie de Patrick Buisson, dire que "comme tous les gens d'extrême droite il était très cultivé". Il y a des fois où notre époque est si stupéfiante de connerie qu'on a du mal à y croire.
Patrick Buisson est cet homme, écrivain, affairiste, conseiller occulte d'hommes politiques, journaliste, analyste de sondages et j'en oublie. Et, je le reconnais; il était cultivé et intelligent. Sauf en politique, domaine qui a la capacité de rendre chèvre n'importe qui.
C'est un homme très à droite qui a misé sur de nombreux chevaux pour arriver à l'objet de son combat: faire l'union des droites, de toutes les droites, de la Maurassienne à la Zemmourienne.
Il a d'abord misé sur Jean-Marie Le Pen mais celui-ci aimait trop la provocation et ruiner des mois d'efforts pour un "bon mot" (une horreur qui le refaisait tomber là où il était des mois auparavant). Le Pen ne voulait peut-être pas le pouvoir? en tous cas il a commis avec régularité des erreurs politiques qui l'ont empêché de s'approcher de l'Elysée. Le personnage sentait trop le soufre.
Après le Breton il y a eu le vendéen Philippe de Villiers. Un autre genre mais qui est arrivé au même résultat. Avec sa voix haut perchée et cette impression permanente qu'il suçait un citron le vicomte n'était pas encore le bon cheval sur lequel miser.
Patrick Buisson, dans l'ombre, possédait une réelle influence et ses analyses n'étaient pas inintéressantes. Il s'était fait une spécialité d'analyser ce que disaient les sondages. On l'écoutait et ses analyses séduisirent le ministre de l'intérieur de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy qui lui emprunta ses expressions, sa tactique et ses idées.
Cette fois c'était la bonne! Sarkozy devenait Président de la République et l'aide de Buisson lui valu la légion d'honneur. Elle lui apporta aussi le respect de Sarkozy qui fit de Buisson un conseiller écouté.
Mais, assez vite, Buisson constata que Sarkozy manquait de culture. (c'est un euphémisme). Il désola son conseiller qui s'éloigna de lui. Leurs relations ne survécurent pas à la sorte de dédain dans lequel Buisson tint Sarkozy après son échec à sa réélection et surtout aux enregistrements que Buisson fit -en secret- de leurs conversations.
Les états d'âme de la femme porte-manteau du sixième Président de la Cinquième République achevèrent la relation entre les deux hommes.
Buisson eut des visées sur le cheval Eric Zemmour mais celui-ci refusa l'obstacle et fut un candidat médiocre au score pitoyable.
Buisson est mort discrètement et on a peu parlé de son activisme politique. Ariane Chemin disait, dans son interview lié à la sortie d'un livre qu'elle a écrit sur le bonhomme qu'il était fâché avec presque tout le monde, fils compris.
Je n'aurais pas parlé de cet homme si je n'avais pas lu "La cause du peuple" le livre qu'il écrivit en 2016 et que l'on m'a offert. Buisson raconte la ¨Présidence Sarkozy" et c'est passionnant.
* Ariane Chemin et Vanessa Schneider "Le mauvais génie de Nicolas Sarkozy" (Fayard, 2015)
