Je me suis réveillé ce matin avec un souvenir. Il concernait une fille de ma classe de Terminale au Lycée Rodin à Paris qui se revendiquait communiste et qui en avait tous les travers: une explication invariable pour tout, une langue de bois calcifiée, et une foi absolue.
Cette jeune ramenait tout à la "lutte des classes". C'était, si ma mémoire est bonne, une jolie fille blonde qui se coiffait très souvent avec un longue natte dans le dos. Elle était plutôt dans les bonnes élèves mais assez discrète et ne recherchant pas la compagnie, ni de son propre sexe ni de l'autre. Il y avait de fortes personnalités dans cette classe et elle n'en faisait pas partie. Moi non plus d'ailleurs!
Un jour où son discours était plus calibré que jamais un groupe de réfractaires aux joies de la Sibérie et de l'a Loubianka l'avait prise à partie et essayé de lui mettre dans l'espace de son cerveau encore accessible à autre chose que la dialectique léniniste, un peu de réflexion sur la liberté dont nous jouissions, sur l'économie de marché et autres preuves de la supériorité de la démocratie libérale avancée (sic) par rapport au permafrost Stalinien. On fit tant et si bien que la camarade, isolée et agressée pleura et que ces larmes me firent honte. D'autant plus que je n'étais pas un des moins virulent.
Je n'ai jamais su ce qu'elle est devenue ni si la belle Marianne était revenue du "paradis rouge" et de "l'avenir radieux". Mais je me souviens que je n'étais pas fier d'avoir aboyé avec les chiens.
Même si elle avait tort, en pays libre, de vanter la dictature la plus sordide les méthodes utilisées ce jour là pour la détromper ne plaidaient pas en notre (en ma) faveur.
