"Série noire" est un film d'Alain Corneau sorti sur les écrans en 1979. C'est l'adaptation d'un roman de Jim Thomson "a hell of a woman" traduit en Français par "Des cliques et des cloaques" et publié chez Gallimard.
On doit aussi à Jim Thompson "1275 âmes" qui a été adapté par Bertrand Tavernier qui en a fait son meilleur film sous le titre "Coup de torchon" (1981).
"Série noire", comme son titre l'indique clairement est un film très noir. Le réalisme des décors, des personnages, l'originalité populaire des dialogues et des terrifiants paysages de banlieues de la fin des années 70 en font un film sans concession esthétisante. Tout est laid, triste, gris, pauvre, cafardeux. C'est un des films les plus sombres du cinéma Français de l'après guerre.
Le rôle principal échut à Patrick Dewaere qui comprit que le rôle était pour lui. Il incarne un "looser" d'anthologie; un homme faible et sans ressort qui subit sa vie sans parvenir à la diriger. Il est marié à une femme qui est son double inversé: brouillon, sale, molle, et pour appeler un chat un chat minable (Myriam Boyer dans un rôle peu flatteur).
Dewaere est Frank Poupart, un vendeur de camelote en porte-à-porte. Il fait des magouilles médiocres jusqu'au jour où il se retrouve devant une vieille femme qui vend sa très jeune nièce à qui paie pour elle. Poupart, on ne sait qu'elle idée à traversé sa tête, décide d'aider la gamine (Marie Trintignant) qui lui amène plus de soucis encore. Mutique et animale la très jeune fille s'attache à cet homme qui ne l'a pas touchée.
Le patron de Poupart, Staplin (Bernard Blier dans un de ses derniers rôles, excellent) fait corriger son employé indélicat et l'enjoint de rembourser l'argent qu'il a subtilisé.
Poupart, qui entretemps a rencontré un traîne-lattes comme lui décide de tuer la vieille et de lui piquer le magot qu'elle cache chez elle, ce que lui a appris la mutique Mona.
Après une dispute avec sa femme qui s'en va en détruisant ses affaires et une beuverie avec le pauvre type qui le suit dans ses errances Poupart organise le vol.
Il tue la vieille avec son révolver, met en scène le meurtre comme si c'était le paumé qui l'avait commis et part avec l'argent.
Son boss comprend qu'il est le meurtrier dont parlent les journaux et exige la totalité du magot pour ne pas le dénoncer à la police. Poupart ne peut que s'éxécuter dans une scène drôle mais terrible.
A revoir ce film 50 ans après sa réalisation on est frappé par le jeu des comédiens qui est excellent de bout en bout.. Les dialogues de Georges Pérec sont vraiment exceptionnels et d'une rare bassesse (la vieille: "Bon, j'enfilerai mon manteau et vous enfilerez la petite").
Dewaere se donne à fond et EST Franck Poupart. Son regard halluciné et sa violence contenue restent longtemps dans notre mémoire. On ne peut pas dire que ça ait "vieilli" car c'est intemporel. mais on voit ce qu'est un comédien qui se donne à un rôle; qui l'habite en prenant une part de lui même pour incarner un personnage de fiction. C'est d'ailleurs sans doute son plus grand rôle.
Un film à revoir.
