Deux évènements récents m'ont permis de vérifier que les personnes qui "donnent de la gueule" sont plus craintes et donc respectées que les autres.
Je pense à ce film "Phantom Thread" dont j'ai parlé ici-même vendredi dernier et qui dépeint un personnage de fiction mais ô combien réel de tyran domestique qui ne supporte pas le bruit du pain grillé qu'on tartine, le thé servi 10 minutes en avance et, pour être clair, la moindre contrariété.
Mon père avait un caractère assez semblable et, lorsqu'il était grognon (c'est à dire les trois-quarts du temps) il fallait filer doux...Dans nos jeux, mon frère et moi avions inventé un serrurier (pourquoi un serrurier?) qui portait au paroxysme ce caractère explosif. Pas besoin de Tonton Freud pour voir qui était notre modèle de départ!
L'autre est mon chef de choeur qui, bien que doté d'une grande culture et d'un sens de l'humour aiguisé est un emmerdeur jamais content et exigeant au-delà du raisonnable.
Inutile de dire, ici aussi, que la chorale est suspendue à ses oukases et qu'on entendrait une note voler. Il n'obtient pas qu'un chanteur amateur chante joliment mais il le cloue suffisamment à son siège pour qu'il ne moufte pas en répétant le même passage pour la septième fois.
Louis de Funès interprétait à la perfection ces personnages irascibles et, malgré son gabarit, il excellait à incarner ces emmerdeurs qui ont toujours raison.
Le plus insupportable, avec ces tyrans du quotidien, est de voir qu'ils obtiennent plus que ceux qui se comportent civilement. On les craint parfois, on les respecte souvent on ne les contrarie jamais. Carton plein!
C'est tellement un réflexe pavlovien que pendant la diffusion du film, lorsque sa muse transgressait ses codes inscrits dans le marbre on se surprenait à souffrir pour elle devant l'imminence de la crise impossible à éviter. Pour un peu, comme au guignol de notre enfance, on lui aurait crié à l'écran: "non! ne lui apporte pas de thé", "surtout, ne lui fais pas de surprise, il a horreur de cela" etc.
Moins que me frères et soeurs j'ai su éviter d'agacer mon paternel qui ne supportait pas grand chose. De ce fait j'étais constamment l'objet de ses ressentiments et colères et je n'ai de lui que des souvenirs de conflits "pour des broutilles".
L'honnêteté me contraint de reconnaître que, passée l'enfance, je faisais souvent exprès de l'exaspérer..
Vivre avec de tels gens est loin d'être un plaisir. On se demande pourquoi on l'accepte et on se blâme de notre lâcheté.
