Je tiens Billy Wilder pour un grand cinéaste. Un metteur en scène ingénieux, spirituel, intelligent et original. Personne n'a, comme lui, une filmographie aussi vaste et intéressante. Américain par la force des choses (il était né Autrichien mais l'Allemagne ne voyait pas les personnes de sa religion d'origine avec toute la bienveillance qu'on eut souhaitée. Pour dire les choses plus crûment; Wilder s'enfuit avant que la nasse se referme sur ses coreligionnaires. S'il échappa à l'assassinat qui lui était promis en tant que juif, sa mère n'eut pas la même chance.
Malgré cela (à cause de cela?) Wilder ne fut pas une âme triste mais un bon vivant plein d'humour et décidé à faire passer des idées simples dans ses films, que ce soient des comédies comme "La Garçonnière", "Certains l'aiment chaud", "Avanti!", "Embrasse moi, idiot" ou les films plus sombres "Assurance sur la mort", "le gouffre aux chimères", "Sunset boulevard" ou "Le poison".
Billy Wilder semble avoir été quelqu'un d'enjoué et doté de beaucoup d'humour. J'ai lu récemment un petit livre très sympathique de Jonathan Cioe "Mr. Wilder et moi" consacré (entre autres) au tournage du film "Fedora" qu'il tourna en Grèce en 1977. Film mineur dans une filmographie qui ne l'était pas, "Fedora" rappelle vaguement "Boulevard du Crépuscule" qui est considéré comme le meilleur film de Wilder.
Le livre raconte les péripéties romancées du tournage de ce second mais mineur "Sunset Blvd". L'actrice Suisse Marthe Keller y était une des deux "Fedora" et le moins que l'on puisse dire est que ce livre ne lui fait pas honneur. J'ai trouvé ça injuste parce que Keller a montré qu'elle était une bonne comédienne et qu'elle n'a pas eu, au cinéma du moins, la carrière qu'elle méritait. Elle s'est heureusement rattrapée en metteur en scène d'Opéras, ce qui confirme qu'elle était tout sauf sotte.
A l'époque du tournage Marthe Keller était en couple avec Al Pacino. Les pages consacrés à ce comédien très surestimé sont hilarantes. Quelle bêtise! quelle inculture! quel beauf américain! On se pince devant l'idolâtrie qui l'entoure et la médiocrité de l'objet de celle-ci.
"Mr Wilder" est aussi une belle histoire d'amitié de toute une vie (avec le scénariste et dialoguiste de la plupart de ses films) racontée avec tendresse et humour par un Jonathan Coe moins "acide" que d'ordinaire.
