"Tu le sais que tu es vieux, toi. Tu le sais?" voilà le genre de gentillesse (involontaire) que les très jeunes sont parfois capables de vous adresser sans, évidemment, mesurer la portée de leur réflexion.
Là c'est L*** , une petite mignonne qui, après cette sentence légèrement déstabilisante a ajouté: "tu vas mourir bientôt".
Elle a raison. Entre ses dix ans et moi c'est une vie entière qui nous sépare, elle ayant tout à découvrir, le mal comme le meilleur, et moi ayant la partie la moins drôle à parcourir.
J'ai heureusement ma mère (plus que vieille) pour apprendre en accéléré tout ce qu'il ne faut pas faire si l'on veut terminer son existence à peu près convenablement.
N***, lui a constaté, en parlant de son deuxième grand-père (il en a 3, familles recomposées obligent) : "il n'aime que les chanteurs morts".
Notre petit M***, lui, est direct et franc. Ne nous a t'il pas dit sans précaution: "Je m'ennuie un peu chez vous mais j'aime bien venir" (ou "je vous aime bien", je ne me souviens plus).
La franchise est presque l'apanage des jeunes enfants.
La civilité, l'éducation, la vie en société, appelons comme on veut cette retenue vaguement hypocrite qui nous oblige sinon à travestir notre pensée du moins à ne pas la dévoiler complètement quand elle est par trop négative, nous fait masquer ce genre d'appréciations peu flatteuses.
Ou alors c'est par jeu ou provocation que nous le faisons, comme dans cet exécrable film avec Jim Carey "Menteur, menteur".
Au fur et à mesure qu'on vieillit on devient plus rigide. Les certitudes remplacent la colonne vertébrale et apportent la raideur qui flanchait. Plus de douceur, plus d'intérêt pour les autres. On est autocentré. A ce moment de la vie certain(e)s n'hésitent pas à livrer leur vérité sans fard.
J'ai opté pour l'inverse et espère y parvenir.
