En nettoyant un peu chez ma mère de 92 ans qui ne manie plus l'aspirateur avec autant de brio qu'autrefois et qui refuse qu'une aide-ménagère vienne "fureter" chez elle, je regardais le décor qui n'a pas changé depuis une quarantaine d'années et dont certains meubles semblent avoir pris racine dans le parquet. Des éléments de décoration que j'ai toujours connus composent un patchwork de choses souvent fanées et d'époque diverses.
De jolies objets aussi.
Les années 30 sont représentées par quelques vestiges qui lui viennent de ses parents. Il y a ensuite des meubles solides qui ont survécu à la présence de 5 enfants dans l'appartement, quelques éléments que mes parents ont achetés dans les années 50 et enfin les équipements plus contemporains dont les plus récents apports datent des années 70-80. Le tout est accablé et donne le sentiment d'un assoupissement poussiéreux. Aux murs les époques et les styles sont comme le mobilier: styles, époques et intérêt mélangés. Mais le berceau ancien, mais la tapisserie de Lurçat (une reproduction bien encadrée, un coq, évidemment)...
Ma bonne action a été récompensée. Deux chaises-fauteuil en bois bicolores que j'ai elles aussi toujours connues ont enfin attiré mon regard. Le seul point qui m'en avait éloigné est qu'elles étaient inconfortables et basses. Je les ai regardées avec attention et ai eu l'idée de les retourner. Elles étaient griffées d'une signature et d'une inscription qui, Internet me l'a confirmé, leur donne une certaine valeur.
Intrigué j'ai fait des recherches complémentaires qui toutes allaient dans le même sens: j'étais en présence de mobilier recherché et leur état ("dans leur jus") était promesse d'une somme convenable si je les vendais.
J'en parlais à ma mère qui se souvenait les avoir impulsivement achetées sur un coup de cœur. Je lui demandais si elle m'autorisait à les vendre et elle y consentait volontiers. Je précisais que le produit de la vente serait intégralement versé sur son compte et qu'elle en ferait ce qu'elle voudrait (je pensais à des heures de ménage, quelques réparations urgentes, de la compagnie etc).
Je mis une annonce sur le "bon coin" et deux personnes manifestèrent immédiatement leur intérêt. Les deux photos neutres publiées les y aidant. Cela me confirmait que ces pièces de mobilier présentaient un intérêt.
Je ne souhaitais pas, du fait de ma situation géographique, passer par la vente directe et songeais à une vente ludique et plus sûre. Pour avoir couru, à une époque, les ventes aux enchères celles-ci correspondaient à mon souhait.
Je m'inscrivis sur le site d'une émission de télévision qui met en rapport des particuliers vendant des objets ayant une certaine valeur (estimée en direct par un expert) et une équipe d'acheteurs professionnels qui font des enchères. Il est tout à fait possible de ne pas accepter le prix proposé et de repartir avec son bien en cas de non vente. Sécurité + ludisme + bonne action: j'avais le bon créneau.
15 jours après ma proposition de participer, la production de l'émission m'a rappelé et dit que mes chaises intéressaient et que j'étais retenu. Nous avons pris date pour la mi-octobre.
Ma mère m'a mandaté par écrit et je ferais en sorte de les vendre au mieux. Comme elle l'a elle même remarqué avec fatalisme: "sinon, elles (les chaises) finiront à la benne".
(à suivre)
