Dans "Marianne" cette semaine un article laudatif appelait Oxmo Puccino, présenté comme un électron libre du rap français le "Jacques Brel noir". C'est trop d'honneur votre honneur!
Je ne connais pas et le peu que j'ai entendu des paroles de ce brave type ne me donnent pas envie de le connaître mais je trouve -comment dire?- osé, abusif, pénible, agaçant, ridicule, insultant, offensant voire déprimant cette comparaison qui, à coup sur, n'est pas raison.
On aime ou pas Jacques Brel mais il fut unique en son temps et n'a jamais (parce que cela n'était pas nécessaire) été remplacé. Des mauvais copieurs ont bien essayé (qu'on se rappelle Lama ou, plus récemment Bruel qui n'a dans son nom qu'une lettre de différence avec son devancier mais dont les talents sont séparés par des années lumières). Ils se sont fracassés sur cette vérité: les paroles de Brel n'existent que chez Brel, le monde de Brel est clos.
Un peu comme l'oeuvre de Hergé ou celle de Stanley Kubrick qui se suffisent à elles-mêmes et forment un ensemble cohérent et unique.
Je ne dénie pas à Stromae un certain talent ni même un "univers" mais le comparer à Brel (lui aussi y a droit dans un article sur deux) n'est pas lui rendre service. Au pire c'est le flatter avec un brin de flagornerie, au mieux c'est souligner à quel point il lui reste du travail.
Cette manie de voir "la nouvelle Bardot", "le nouveau Gabin" ou le "nouveau Dewaere" chez n'importe qui est un tic de langage qui ne grandit pas celui (ou celle) qui l'utilise.
Il n'y a eu qu'une Romy Schneider, qu'un seul Brassens ou un seul Georges Moustaki. Des jeunes artistes peuvent (parfois) rappeler tel ou tel trait de quelqu'un d'autre mais là se termine l'analogie.
...C'est le nouveau Pierre Dumayet qui vous le dit!
