Culture-Box ou une télévision dont le nom ressemble à ça a diffusé, mardi 15 février 2O22 une très longue émission consacrée à la chanteuse Barbara.
Je suis arrivé en cours et j'ai eu la sensation d'un très long portrait. Un journaliste aperçu ailleurs tendait doucement son micro à des anonymes qui disaient l'immense admiration qu'ils éprouvaient pour cette drôle de chanteuse. Admiration n'est d'ailleurs pas le mot qui convient. Vénération lui serait supérieur. Mais insuffisant. De la toute jeune fille de 13 ans qui disait être incapable de partager "sa"Barbara, fût-ce avec d'autres passionnés à un dandy proustien qui disait lui devoir la vie, le rapport de ces personnes avec Barbara était, comme ils l'ont d'ailleurs tous fait remarquer d'un autre niveau que celui de "fan" d'une vedette. Ils et elles la sublimaient et en avaient fait un totem qui guérissait leurs douleurs, les amplifiait si nécessaire (ceux qui se complaisent dans le spleen), devenait un être idéal dont ils façonnaient les pensées et la vie sans lui demander son avis.
Tous la révéraient comme une sorte de Sainte en donnant aux paroles de ses chansons valeur de messages personnels.
Et Barbara? elle était plutôt gaie, sympathique, plutôt optimiste malgré une œuvre chantée, composée et écrite assez noire. Ses titres parlent d'eux même: "le mal de vivre", "la solitude", "le soleil noir", "les insomnies"... mais la femme elle-même ne respirait pas la souffrance ni la mort. Loin de là. C'était une personnalité théâtrale au physique si particulier qu'il pouvait parfois être beau. Sa voix, reconnaissable entre toutes n'était pas non plus sans défaut. Et malgré cela, grâce à cela, elle intriguait par la qualité inimitable du lien qu'elle tissait avec ses salles; avec son public. Un lien palpable de retenue, d'émotions, de don de soi et d'amour donné comme on jette une bouteille à la mer.
A ma connaissance personne n'a, avant et après elle, créée une telle connivence avec son public. Et ce jusqu'à la fin alors que la voix n'était plus qu'un voile et la silhouette celle d'un oiseau mazouté.
Le doc, avare de commentaires inutiles et complet, laissant la parole à tous et faisant justice de certaines légendes était aussi sobre qu'émouvant. Une rareté dans un paysage médiatique envahi par un néant bruyant.
