Nos sociétés ayant éloigné le plus possible la mort et sa représentation se trouvent fort dépourvues lorsque celle-ci s'impose quand même.
Une sorte de fascination/répulsion s'empare de ceux qui sont obligés d'en cotoyer les effets.
On ne compte plus les documentaires où des charniers et des cadavres sont filmés avec insistance afin de faire naître la nausée. (et la prise de conscience? sans doute).
La Syrie actuellement remplit cet office.
Dans la vie quotidienne la mort est escamotée et l'on ne voit plus les immeubles drapés de noir aux initiales du défunt.
Plus de corbillards noirs suivis par une file silencieuse. La seule fois où j'ai suivi un tel convoi, en 1996, il était déjà anachronique.
Les véhicules mortuaires sont maintenant banalisés et leurs couleurs oscillent du grenat au gris métallisé afin d'atténuer le symbole.
Hier, au Boulingrin à Toulouse j'ai assisté à une de ces scènes bizarres qui témoignent de notre terreur du cadavre et de la disparition. Mon attention a été attirée par des éclats de voix. Un homme et une femme avaient dépassé le niveau respectable de décibels qu'il est d'usage de produire en public.
L'homme traversait la rue avec un chat noir et blanc dans les bras.
J'ai tout de suite perçu que l'animal était raide s'il n'était pas "abîmé".
La femme, propriétaire de l'animal hurlait qu'elle ne voulait pas du cadavre chez elle et intimait à l'homme de s'en débarrasser. Le cadavre du chat était celui d'un adulte bien soigné. L'animal, qui
habitait le quartier avait du traverser imprudemment et y laisser la vie.
Le plus étonnant dans la scène était le refus indigné de la femme de regarder l'animal, elle était dans une intense colère parce que son conjoint le manipulait et elle aurait voulu -sans doute- ne pas savoir ce qu'il était advenu de son animal domestique.
A aucun moment elle ne manifestait de regrets pour la perte de l'animal.
Seule la dépouille et sa vision était responsable de son trouble et de ses vociférations.
Réaction naturelle dans une période ou la peine liée à la perte d'un "être cher" est codifiée et même quantifiée (nombre de jours d'absence prévu par les règlements intérieurs des entreprises selon la proximité du disparu) et où on nous demande indifférence et détachement., en toute circonstance.
La maladie, la souffrance et la mort sont des intrus dans une civilisation du paraître et de l'insignifiance.
