Comme dans les "Dents de la mer" ("Jaws", Steven Spielberg 1975), les avions et les ferries déposent sur l'île des wagons de vacanciers; Bermuda, tongs, planches à voile, 4X4 rutilants, camping-cars et tentes automatiques Quechua.
Le touriste sort du ventre du bateau comme une fusée, traverse Ajaccio comme si la ville devait exploser dans l'heure et s'égaille sur les routes alentours.
Nous ne sommes qu'en juillet, au tout début juillet, mais les visiteurs semblent s'approprier l'île qui reste passive sous l'assaut.
C'est une banalité de constater qu'elle est belle. Cette île n'est pas belle, elle est mieux que ça. Le regard se fatigue devant tant de beauté.
Même les affronts que nous lui faisons subir (et en particulier ces décharges sauvages que l'on voit un peu partout) n'arrivent pas à l'enlaidir.
Elle impose son caractère ombrageux et il me semble que le touriste, engeance pourtant peu recommandable, se conduit chez elle mieux qu'ailleurs.
Moins snob, moins "m'as-tu vu", moins pollueur, en un mot moins nuisible, le touriste îlien découvre la Corse et la respecte ou la retrouve et la question ne se pose pas.
Riche d'un passé qui s'offre en permanence et d'une histoire que l'on aime découvrir au fur et à mesure c'est une destination qu'on voudrait pour soi. Rien que pour soi.
On a cette discrétion qui s'impose: ne pas divulguer l'itinéraire qui conduit à cette rivière enchantée, à cette plage unique, à ce sommet magique.
Enfin, et pour moi c'est le plus beau des compliments, la Corse est tellement différente que l'on n'a pas l'impression d'être en France. On est tout surpris e voir un gendarme à jumelles, un radar en bas d'une ligne droite, un bureau de poste aux employés revêches ou autre symboles continentaux.
