S'il y a -après Copé- un homme politique qui me révulse c'est bien lui.
Je n'y reviendrais pas: j'exècre ce qu'il fût et ce qu'il est.
Cela ne m'empêche pas d'être objectif et de reconnaître qu'il m'a
littéralement bluffé avec son fameux "Cabinet des douze" sous-titré
"Regards sur des tableaux qui font la France".
Et là on a un autre Laurent Fabius: un homme qui s'exprime avec
respect pour ses lecteurs, sans faire trop savant mais en ne retenant
pas sa plume, qui montre une connaissance impressionnante mais
pas pédante, donne des avis personnels et cependant universels et,
surtout, qui montre de réels goûts personnels qui ne sont ni affectés
ni évidents. Pas de jugement mais des explications et un avis qui
ne manque pas d'intérêt. Et du respect! on est loin du regard
méprisant du tribun politique.
On m'aurait dit que Laurent Fabius parlerait si bien de Hergé et de
"Tintin" je ne l'aurais jamais cru. On m'aurait dit qu'il ferait une sorte
d'explication de texte des portraits de gouvernants en s'arrêtant sur
Charles VII et en terminant son exposé par les photos officielles de
Mitterrand et Sarkozy, sans critique et juste pour en expliquer les
ressorts cachés, jamais je ne l'en aurais cru capable.
J'ai été ébloui qu'il cite longuement Caillebotte et qu'il parle de "Au
lit" de Vuillard.
Son explication du Napoléon 1er, empereur de Ingres est passionante.
Même ce qu'il dit sur Picasso sort des analyses cent fois entendues.
Ce livre est une révélation et un plaisir.
Fabius a même réussi à me faire comprendre que Bacon et Soulages
doivent être "vécus" plutôt qu'étudiés et que, dans les deux cas, ce sont
deux peintres exceptionnels.
J'ai d'autant plus de mal à comprendre comment cet homme a pu
pendant tant d'années fréquenter des Bartolone et autres hierarques
du PS... Une ambition le tenait qui en a probablement étouffé d'autres
bien plus légitimes.
Laurent Fabius Le Cabinet des douze (Regards sur des tableaux qui
font la France) Ed Gallimard Témoins de l'Art.
