Rien ne peut donner une idée de la désolation qu'est la ville de Carcassonne un jour gris d'hiver. Bien qu'ayant une population de 46000 habitants on n'y rencontre quasiment personne. Les rues sont défoncées par les travaux qui durent depuis des mois autour de la gare SNCF. Tags et affiches sauvages achèvent de noircir un tableau pourtant déjà angoissant. Les nombreuses et imposantes flaquent d'eau reflètent dans un miroir graisseux un ciel bas et des immeubles fracassés.
A ce qu'il semble la mairie souhaite "piétonniser" la rue qui va de la gare à la Place principale (et la seule assez belle et accueillante), créer un jardin et éloigner les autos de "l'hyper-centre" de Carcassonne. Moyennant quoi le plan de circulation, déjà diabolique, est monstrueux.
Le très bel hôtel (à vendre) face à la gare, un décor des années 30 dont le salon d'accueil avec escalier monumental vaut le détour a décidé de mettre la clé sous la porte: sa clientèle, très asiatique, vient en autocars et attend qu'on lui prenne ses bagages et qu'on les monte dans sa chambre. 2 valises par personnes, 72 valises par autocar et l'impossibilité de garer celui-ci devant l'établissement le temps de décharger -bravo la consultation de la mairie- et la direction ouvre un autre établissement dans l'ancienne et magnifique EPHAD devant la Cité.
La Cité! quasiment la seule attraction touristique indiquée sur les guides nationaux et internationaux à la page Carcassonne. Du coup les (rares) visiteurs viennent pour les remparts et les magasins de laideurs qu'elle renferme. On ne peut nier la beauté et le charme "historique" de ce rempart restauré mais les foules compactes qui s'y pressent les jours d'affluence feraient fuir n'importe quel visiteur qui aime la solitude ou qui ne supporte pas la foule touristique qu'on retrouve du Mont Saint Michel aux Châteaux de la Loire dès que le thermomètre affiche plus de 15°C.
La cité est entretenue et surveillée comme la pompe à finances qu'elle est tandis qu'à ses pieds la ville de Carcassonne meurt doucement dans une indigence qui saute aux yeux.
On nous dit que les indicateurs économiques passent au vert les uns après les autres... une heure à pied dans une ville moyenne infirme en hurlant cet optimisme de commande.
