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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 07:00

J'avais lu avec plaisir et intérêt quelques uns de ses livres précédents. "La classe de neige" ne m'avait pas convaincu et "l'adversaire" moins encore.

Eric m'avait convaincu de lire "Limonov" ce que j'ai fait avec plus d'enthousiasme et d'intérêt que pour les livres précédents. "Limonov" est plus "neutre" en ce qu'il ne dévoile pas des pans entiers de la personnalité de celui qui écrit, de ses états d'âme et de son mal-être. Le personnage de Limonov est "énaurme" et permet à Carrère de se cacher derrière. C'est du moins ainsi que je l'ai compris.

Je n'ai rien, je dirais même "au contraire" contre les auteurs qui se dévoilent page après pages mais j'aime le savoir avant. J'admire celles et ceux qui n'hésitent pas à se découvrir et à parler aussi bien de leur soif de conquêtes que de leur "herpès à la bite" (sic). Entendez par là que je suis trop corseté par mon éducation et mes réserves personnelles et que je suis incapable de décrire pensées ou actes trop personnels. Lorsque je le fais le texte qui en résulte est effacé rapidement. Trop complaisant, inintéressant.

Carrère (comme Houellebecq et tant d'autres) n'a pas de ces pudeurs. Il décrit admirablement ce qu'il ressent, que ce soit le désespoir ou la félicité sexuelle d'une position longuement décrite. Il ne nous transforme pas pour autant en voyeurs parce que l'utilité de ces pages autobiographiques est évidente.

Dans "Yoga", le livre dont tout le monde parle, l'auteur nous livre son analyse de lui-même sans fioritures excessives, sans complaisance et surtout sans enjoliver la  réalité.

Pourtant le même se reconnaît du talent littéraire et n'est pas insensible à une critique américaine dans laquelle il trouve attachant un portrait de lui-même sans concession.

Le charme de "Yoga" vient de ces changements de rythme, ces passages du coq à l'âne, ces relevés de sentiments personnels et ces descriptions de soi et de ce que l'auteur vit et fait. A cet égard le passage des obsèques du possible ami Bernard est superbe.

Le "reportage" en Irak est une jolie transition vers la partie plus sombre du récit.

Mettant l'écrivain et l'art de bien écrire très haut je constate en lisant un tel livre que je suis aussi incapable d'écrire de la fiction que de l'introspection. Et j'ai donc une sorte de reconnaissance pour ceux qui le font et qui m'éclairent ainsi sur moi-même.

"Yoga" est un livre déroutant mais qu'on a envie et besoin de terminer. Il est constitué de réflexions autour de la méditation et de digressions tous azimuts. L'auteur Emmanuel Carrère est un observateur critique d'un milieu "bobo" mais attachant auquel il appartient sans le revendiquer. Il parsème son livre de réflexions d'autant plus justes qu' amusantes ("Cabu et Wolinski avaient tous les deux plus de quatre-vingt ans") et donne des exemples pertinents de certains travers de nos contemporains, adeptes du yoga compris.

 

 

 

 

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