De temps à autres j'enfile ma tenue de vieux grincheux acariâtre (Comment cela "très souvent"?) et je laisse s'exprimer toute ma bile habituellement contenue...
Ce matin, sur les conseils avisés (il y aurait beaucoup à dire sur ces "conseils") d'une femme qui m'est chère j'ai emmené mon chat Smirnoff à l'école vétérinaire de Toulouse.
L'animal, outre un caractère déroutant, est atteint d'une sotte maladie qui lui déforme la bouche à intervalles réguliers.
Le panier en main, résolu à supporter 25 minutes de miaulements stressants dans la voiture, je prends le chemin de l'école vétérinaire avec en tête l'idée que le félin sera soigné et qu'il le sera pour un prix inférieur aux tarifs exorbitants des cabinets privés.
Je passe sur l'attente dans un sas peuplé d'animaux plus terriblement agressifs que les pires créatures de "Jurassik Park", l'express de novembre 1977 comme seule lecture que s'arrachaient vingt personnes et les bruits inquiétants (rugissements? spasmes de la mort?) qui s'échappaient de certaines salles où étaient entrés maîtres et animaux de compagnie pour en venir à la consultation elle-même.
Mon chat de moins de 5 kg mange ses 5 kg de bouffe industrielle et boit une baignoire d'eau par jour sans difficultés. Il fait ses griffes avec constance sur tous les objets en bois auxquels je tiens le plus et saute ou se planque sur tout et partout sauf chez le vétérinaire, où, pour me faire honte il surjoue l'animal craintif et même battu.
J'ai connu ce même phénomène avec les enfants...
Bref la consultation consiste en un questionnaire de 800 entrées (dort-il bien? au même endroit? a t'il des camarades de jeu?) auxquelles je ne savais pas toujours quoi répondre (mange t'elle de l'herbe? j'ai juste pu répondre qu'elle n'en fumait pas!). cet interrogatoire se faisant par le truchement de 3 ou 4 élèves vétérinaires qui palpaient, retournaient, manipulaient et soupesaient mon chat qui... se laissait faire en ronronnant. (rien de plus hypocrite qu'un chat: je lui en aurais fait le quart j'étais lacéré jusqu'au os).
Désireux de bien faire les élèves et leur tuteur ont vite trouvé dix maladies et affections au chat qui n'en demandait pas tant. Jolis maladies aux noms exotiques et sérieux.
J'ai cru avoir rêvé lorsqu'on m'a parlé d'examens de la thyroïde, de traitement anti allergènes et.... de consultation dermatologique. (J'ai heureusement évité la consultation psychiatrique!).
Là ma colère, qui couvait depuis 3 quarts d'heure n'a plus eu de garde-fous et s'est exprimée. Avec un vocabulaire élégant mais vite assimilable.
L'horreur que mon discours inspirait (je ne suis pas homme à dépenser des centaines d'euros pour un chat alors que des enfants meurent sur des plages. Appelez ça de la démagogie si vous voulez) se lisait sur le visage des étudiantes (95% de l'assemblée) épouvantées.
Je remis mon chat dans sa boîte et pris la porte comme un prince.
La formalité du règlement de la "consultation" (70€) générant un autre... malentendu. (j'ai refusé de payer et on m'a menacé des huissiers et de la justice ou des deux) je me retrouvais sur le parking au milieu de pit-bulls broutant l'herbe des parterres.
Résultat des course: je suis brûlé à jamais avec l'école vétérinaire, mon chat a toujours sa bouche Emmanuellebéartesque et je suis moins avancé à 14H00 qu'à 9H00.
Belle matinée.
