L'histoire du cinéma, avec un grand "c", possède ses films mythiques dont tout le
monde a entendu parler mais que, proportionnellement, peu ont vus.
Même s'ils sont régulièrement diffusés sur des chaînes de télévision ou disponibles
sur les supports audiovisuels (DVD, Blue-Ray) on sait que ce sont des films à voir
sans, d'ailleurs, être prêts à les recevoir lorsqu'ils sont programmés.
Que ce soit pour leur forme ("Metropolis"), pour leur contenu ("Les contrebandiers
de Moonfleet") ou pour les deux ("Citizen Kane") il y a des oeuvres cinématographiques
qui ont marqué le cinéma et dont on sait qu'un jour on les verra.
"L'ange Bleu", "Nosferatu", "Le Faucon maltais", "Asphalt Jungle", "M le maudit", "La
Fille de Ryan", "The Servant", "La nuit du chasseur", "Les enfants du Paradis", "le
voleur de bicylette" sont quelques uns de ces films mondialement connus, souvent plus
cités que vus.
Il est difficile de passer à côté d'eux désormais mais, à titre personnel, de crainte d'être
soit déçu soit trop emballé (et donc être très en retard!) je ne me précipite pas pour les
voir lorsqu'ils sont à ma portée: ils doivent faire leur chemin jusqu'à moi.
J'ai ainsi, jusqu'à ma mort que j'espère lointaine encore, un quota de films à voir et je
ne partirai qu'une fois cette formalité réalisée!
Même s'ils sont de plus en plus rares, certains films contemporains réussissent à entrer
dans ce club très fermé et à égaler les joyaux comme "La Comtesse aux pieds nus",
"Barry Lyndon" ou "Rome ville ouverte".
Les deux films de Michael Haneke "Funny Games", indistinctement, font partie de ceux
là.
Preuve, s'il en était besoin, que le cinéma possède encore des réalisateurs dignes de
l'histoire du 7ème art.
"Scènes de chasse en Bavière" fait partie de ces films dont, dès le titre, on sent qu'on
manoeuvre dans ce terrain limité des films brillants et uniques.
Le titre fait penser aux "Chasses du Comte Zaroff" mais on sent que ce n'est pas que du
cinéma de divertissement. La Bavière peut-être?
J'ai pris le DVD à la médiathèque, ai longuement hésité à le mettre dans le lecteur et...
ai fini par le faire.
D'emblée j'ai trouvé tout ce qui fait d'un film un chef d'oeuvre. Une perle rare, un diamant
brut, un film indispensable.
Pourtant ça ne tient pas aux acteurs: ils sont tous inconnus et semblent l'être restés.
Ca n'est pas l'histoire racontée ou pas uniquement. C'est une atmosphère comme
auraient dit Arletty et Louis Jouvet ("Hôtel du Nord"). Un film en noir et blanc magique.
Nous ne regardons plus un film, nous sommes dans le film.
C'est à la fois politique, sociologique, historique, psychologique et poétique. C'est une
oeuvre rare et je n'ai vu aucun film qui lui ressemble.
Rien n'y est prévisible et la difficulté d'être y est montrée comme jamais. Villageois
écrasés par les coutumes et les lois (humaines, religieuses), individus brisés par
la société, drames personnels niés. Qu'on se rassure: ce n'est ni lourd ni ennuyeux.
Juste fascinant. Un film passionnant à quelque niveau que l'on se place.
Une tension admirablement crée et pas pour des raisons artificielles: à aucun moment
l'histoire ne bascule dans le cliché. Et une fin ouverte qui laisse au spectateur le soin de
l'imaginer.
Il est entré dans la liste de mes "20 meilleurs films de tous les temps". J'en ai entendu
parler plus d'une fois et il date de 1968. Quand ma liste des 20 sera définitive je pourrais
songer à partir.
* De Peter Fleishmann éditions Montparnasse
PS qui n'a rien à voir (comme d'habitude). Les "journaux" des radios ont inventé la nouvelle
qui n'en est pas (encore) une. La feuilletonnisation de la mort d'une personne célèbre.
Toute la journée on nous a dit que Nelson Mandéla n'était pas encore mort mais que ça
n'allait pas tarder. Ils nous ont aussi dit que "toute" l'Afrique du Sud "priait" pour Madiba.
Je ne savais pas ce pays aussi pieux et que la prière retardait le décès!
Qui nous délivrera de cette information bâclée ni faite ni à faire?
