Certes Jean-Luc Mélenchon est un tribun à la fois original et passionné. Nul ne lui
fera l'injure de ne pas croire en sa sincérité.
Ses coups de gueule et sa faconde ont évidemment un impact sur la perception
que le public a de son action.
Je suis persuadé que l'élargissement de son audience provient du plaisir que nous
avons tous eu de le voir bousculer les journalistes, ces petits marquis du raisonnable
et du politiquement correct.
Qu'il ait en direct, par exemple, qualifié David Pujadas de "larbin" n'a pu que remplir
d'aise ceux que la prudence cauteleuse du présentateur du journal de 20H de la
deuxième chaîne du service public commençait à agacer.
Le titre de son livre de l'automne ("Qu'ils s'en aillent tous") n'a pu obtenir que
l'adhésion de tous ceux qui cauchemardent en voyant perpétuellement un Fabius,
un Méhaignerie ou un Bayrou vouloir les représenter.
A ce propos il est à craindre que des Copé et des Montebourg exaspèrent autant que
leurs prédécesseurs sinon plus.
Mais énoncer quelques vérités...évidentes ne suffit pas à faire de vous le roi des
élégances ni le champion du parler vrai.
Aux dernières présidentielles, celles de 2007, le PCF (parti communiste français) a
recueilli 1,96% des voix.
Sa candidate, l'ineffable Marie-Georges Buffet a battu les estrades et les plateaux avec
un programme datant du XIXème siècle à peine amendé.
N'ayant jamais rejeté ses dogmes, ayant volontairement oublié ses errements et son
histoire ce parti a été flanqué aux oubliettes par les Français et ce de manière définitive.
Par habitude et par facilité son fantôme a continué à hanter le débat public et, pire,
l'histoire du pays.
Par respect pour ceux qui s'y engagèrent et qui furent nombreux à en mourir on a passé
par pertes et profits toutes les abominations qu'il a couvertes ou faites (le soutien
inconditionnel à l'URSS, le pacte germano-soviétique, la Corée, la non remise en
question de la glaciation soviétique, Cuba, la Chine de Mao, le Vietnam et le Cambodge)
etc.
Ce "etc." là représente des abimes de souffrance, de mensonges, d'humanité broyée
et de chiennerie.
L'Homme avec les 2 idéologies noires du XXème siècle a été jusqu'au bout de
l'ignominie.
On peut gloser jusqu'à la fin des temps sur celui du nazisme ou du communisme qui
fût le pire. Pour l'innocent qui fût torturé et exécuté par la Gestapo et celui qui mourut
avec sa famille dans les caves de la Loubianka ou de la famine en Ukraine ces
sophismes n'eurent aucun sens....
Bref le PCF était arrivé à moins de 2% et l'on s'en réjouissait (même si un FN
d'inspiration et d'idées d'extrème droite se développait parallèlement) jusqu'à ce que
le bon Docteur Mélenchon lui fasse du bouche à bouche et lui redonne quelques
couleurs.
Contrairement au PS qui n'a pas compris que l'électeur fout le camp dès qu'il voit
ses vieux chevaux de retour le PCF a soigneusement escamoté Marie-Georges et
les fossiles de sa direction. Il a expurgé ses discours des formules qui le
trahissaient et pris un air bonasse et engageant à l'image de son dirigeant
Pierre Laurent, fils d'une des plus lourdes langues de bois du PCF stalinien.
Mais grattez un peu le discours.... Vous verrez que "les forces de progrès", "le
centralisme démocratique" et autres fadaises restent.
Il ne présente plus aucun danger mais sa place est au cimetière, pas à la clinique.
Mélenchon commet une mauvaise action en redonnant un peu de souffle à un
vieux débris indigne.