Ni le premier ni le dernier, je suis comme tout le monde dès que je me transforme en électeur:
je deviens obtu, passionné, arrangeur de la vérité et prêt à croire n'importe quelle baliverne du
moment qu'elle abonde dans mon sens ou qu'elle conforte ce que je crois être "la" vérité".
Un sondage moins bon, un article défavorable, une information délicate et me voilà désespéré
ou presque!
J'ai beau savoir qu'en coulisse "on" cuisine à temps complet pour m'influencer, me forcer à
penser de telle ou telle manière et me donner des sensations fortes pour qu'in fine je vote
comme il faut je me laisse prendre au petit jeu et crois soudain que mon vote et celui du
voisin d'en face a une réelle importance.
Je sais bien que le FMI, la Banque Européenne, les Banques en général, les Institutions
européennes et tant d'autres organismes intouchables ont tellement plus de pouvoir que les
misérables bulletins de vote des Français.
Il suffit de se souvenir comment le Président actuel s'est assis sur leur vote négatif pour la
"constitution" européenne avec le Traité de Lisbonne ou comment on a fait revoter d'autres
pays jusqu'à ce qu'ils disent OUI comme on le leur demandait.
Alors je me shoote aux sondages, je ronge mes ongles quand les courbes des intentions de
vote au 1er tour se croisent même si je n'en crois pas un mot, je souffle bruyamment lorsque
les sondages redeviennent plus favorables au candidat que je pense soutenir, je vibre aux
images des meetings et, pire, je regarde encore ces "débats-mironton" (comme disait le
regretté Ferrat) sans bailler ni jeter une chaussure rageuse sur un discours plus lourd
qu'une enclume.
J'en viens même -c'est dire où j'en suis!- à m'énerver lorsqu'une émission de variétoche
déguisée en "journal" bouscule François Bayrou le can-candidat éternel en lui coupant le
sifflet pour passer au zapping ou à la pub.
La politique m'a fait tomber bien bas.
