J'étais sur la planète A comme absolument abominable c'est à dire dans le salon rafraîchi (non, pas réfrigéré) en région parisienne dernièrement. Cette planète A c'est une maison de retraite, un EHPAD, un mouroir, la Cour des miracles le cauchemar ultime et ce salon est sans doute ce qu'était le rat pour Winston dans 1984. Sa peur ultime. Le condensé de ses craintes.
Passer par la case "EHPAD" est désormais ma peur ultime. (Ca a longtemps été le cancer du côlon).
... et je sais que les places y sont chères (aux deux sens de l'expression) et qu'elles ne peuvent pas être améliorées. C'est notre état d'humain et nos lois qu'il faudrait refaire.
Celle dans laquelle je me suis rendu (en "simple visite") est plutôt propre, voire même pimpante. Chaque étage a une couleur à lui (bleu, jaune, orangé), de grandes fenêtres* qui donnent sur un parc boisé, des salons et pièces pour accueillir les visiteurs... sur le papier ça tient le coup. dedans c'est l'envie de fuir séance tenante qui vous prend à la gorge.
Je ne sais pas si la vieillesse est un naufrage, je sais que c'est l'enfer sur terre. Heureux celles et ceux qui y passent d'interminables jours et qui n'ont pas conscience de ce qu'ils sont devenus. A choisir je crois que je me défenestrerais. Mais ces vieilles choses distordues et lentes n'ont plus le raisonnement et la force de passer à l'acte. Un éclair de vie les illumine parfois une seconde puis ils tremblent de nouveau en ayant des quintes de toux inabouties ou des éternuements de fin du monde.
Ce n'est pas la cruauté qui nous fait inscrire nos ancêtres dans ces prisons impossibles. C'est l'(in)organisation de nos sociétés qui met les bébés en crèches, les ados en écoles, les jeunes adultes en universités, les moins jeunes au boulot et les vieux à la poubelle.
On confie nos vieux parents à des salariées sous-payées (sauf le directeur) qui ont moins de patience que nous mais qui sont taillables et corvéables à merci. Ne leur demandons pas en plus d'être humaines.
Que faire d'un vieux qui ne rapporte rien et qu'on va voir uniquement par devoir? **
Elles étaient une trentaine, penchées ou dans des positions improbables, un téléviseur hurlant et elles parlant fort ou complètement éteintes. Il y avait un seul homme qui avait un soupçon d'amusement dans l'oeil.
Il y a eu une pause publicité "la sècheresse vaginale peut entraîner des douleurs, Ne la laissez pas s'installer" et une autre qui disait que "la gamme de produits X respectait (votre) intimité". C'était un résumé parfait et cynique de notre belle civilisation.
J'ai couru à la voiture pour partir respirer dans la campagne alentour.
* ces baies vitrées sont certes très belles et la vue jolie mais en ces journées de températures très élevées elles étaient presque meurtrières.
** le film "Soleil vert" ("What is the secret of Soylent Green?" de Richard Fleischer (1973) avec Charlton Heston et Edward G.Robinson soumettait une idée. Elle n'a pas été retenue!.