Ma grande amie Marie-Eve, décédée (je ne lui ai pas encore pardonné) avait des emballements subits pour un plat, une musique, un film, une expo, une maison, un mec. Du jour au lendemain elle ne parlait plus et ne respirait plus qu'au rythme de cette passion subite. Elle la partageait alors avec celles et ceux qu'elle jugeait capables de la comprendre et faisait tant et si bien que l'élu(e) ou les élu-e-s se mettaient sincèrement à aimer ce qu'elle aimait. Je me souviens des trésors de diplomatie qu'elle a développés pour que j'aille voir le film d'Alan Parker "Evita"*. Elle savait que le challenge était difficile: Madonna était, à mes yeux, une imposteur et je n'aime pas, de toute éternité, le genre "comédie musicale". J'ajoute que je ne trouvais aucune excuse et partant aucun intérêt à la dictature de Juan Peron ni à l'Argentine de ces années là.
Elle avait aimé le film et ne boudait pas son plaisir en écoutant la bande originale. J'étais moins souple à l'époque qu'aujourd'hui et restais sourd à ses appels, rétif à ses "don't cry for me Argentina" madonnesques.
On connaît la formule "ce que femme veut..." et avec Marie c'était plus qu'une vérité, un dogme. J'ai vu le film et en aimé la mise en scène ample et l'intelligence du scénario. Il n'idéalise pas cette danseuse mi-prostituée mi actrice qui "séduit" l'apprenti dictateur et devient une sorte d'idole des classes moyennes et pauvres (les "descamidos") de l'Argentine des années cinquante. De cette histoire, les chansons et la musique du film soulignent les péripéties et la qualité. C'est une épopée qui surprend par l'osmose entre les chansons et les images. Le tout n'est dépourvu ni d'humour ni de vérité et de réflexion historique. Une authentique réussite.
Tel je l'ai vu quand je l'ai vu pour la première fois. Avec (mais ils n'ont aucun point commun) "Beaucoup de bruit pour rien" c'est une de nos références à ma fille, mon fils et moi. On a deux ou trois séquences "cultes" dont celle où les marins (?) habillés en blanc font un chœur agressif qui se termine à chaque fois par un retentissant "Bitch" (littéralement "Salope").
Nous avons souvent écouté le disque de la B.O en voiture et ma fille chantait merveilleusement les fameux "High Flying, Adored", "You Must Love Me" et l'inévitable "Don't cry for me Argentina" qu'interprétait Madonna dans le film.
Il m'arrive d'écouter cette bande originale sur "Spotify": je ne lui trouve plus autant de qualités et ne parviens plus à passer plus de 4 ou 5 titres. Quand je pense à Marie-Eve c'est Bryan Ferry qui s'impose. Pas Madonna!
* paroles de Tim Rice musique de Andrew Lloyd Weber.

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