Nous étions tous d'accord: tourisme, oui, safaris, oui, plage, oui mais "pas que". Damien, qui avait préparé le voyage avec une "tour operator individuel" (qui travaillait pour des groupes restreints et des particuliers, proposant des circuits personnalisés) avait (très) bien fait les choses. Tout s'est passé à merveille et de Roissy à Roissy il n'y a pas eu de soucis autres que des attentes innombrables et épuisantes dans les aéroports de Roissy, Nairobi, Kilimanjaro et Dar es Salam.
Les hôtels comme les visites étaient bien choisis et nous avons "vraiment" découvert l'envers du décor et eu quelques vrais rapports humains avec des habitants de Tanzanie.
Je suis de ceux qui aiment voir derrière les apparences et qui, dans la mesure du possible, se plaisent à confronter leur confort de vie aux conditions de celles des autres.
Question contraste il est difficile de faire plus.
Il ne faut pas céder aux clichés commodes que traduisent quelques formules toutes prêtes. On ne peut pas réduire un pays de 62 millions d'habitants, en majorité très jeunes, à "une décharge à ciel ouvert". On ne doit pas focaliser nos attentions sur ce qui (nous) choque mais sur ce qui nous étonne et stimule notre admiration. La vie partout, vive, gaie, bruyante, étonnante et riche par exemple. La circulation automobile, à gauche, est un sujet permanent de peurs et de surprises. La bonne humeur et les formules de salut exagérées surprennent aussi. Les paysages, parfois irréels, mettent le voyageur dans une situation d'observateur incrédule.
Les véhicules en circulation ne manquent pas d'étonner: en Afrique les voitures vont de la Tesla dernier cri à des triporteurs hors d'âge. Des mini-bus Toyota sont remplis jusqu'à la gueule de personnes colorées et qui semblent de gros poissons dans des aquariums trop petits.
On klaxonne à tout bout de champ et pour n'importe quoi, surtout la moto familiale sur laquelle ont pris place un minimum de trois personnes. Des contrôles de police ont lieu régulièrement et donnent lieu à des échanges incompréhensibles. Laisser-passer? bakchich? bien malin qui peut répondre;
Sur les ronds-points et les bas-côtés paissent des chèvres, des moutons et même des vaches anorexiques.
Nous avons dormi dans une communauté de femmes refusant le rôle traditionnel qui leur est réservé. Bien que la langue nous sépare les rires ont fusé toute la soirée et nous avons passé un moment d'exception. Dans des conditions.... pour le moins spartiates. Toilettes à la turque et coupures de courant.
Nous étions attendus dans un village Massaï où nous avons vus des hommes, des femmes et des enfants vivre dans des conditions exceptionnellement difficiles. Les enfants, malgré une couche de crasse épaisse, étaient splendides et enjoués. Nous avons, en plus de participer financièrement acheté des articles de pacotille qu'ils avaient réalisés. Notre modeste contribution. Il faudrait tellement plus! cependant l'accueil chaleureux et spontané nous a laissé l'impression que notre passage n'était pas tout à fait inutile.
Je voudrais revenir sur une idée qui m'a traversé l'esprit à plusieurs reprises tandis que je visitais la Tanzanie. Aussi bien les réserves animales (qui semblent bien gérées) que la nourriture abondante m'a fait penser que le pays pourrait "décoller". Dans un avenir incertain mais incontestable. La jeunesse de la population, son inventivité, sa débrouillardise, sa joie d'être et son potentiel ne demandent qu'à se révéler. Même la politique est "normalisée" ici et le président de la république est une femme.
La religion, les religions, ne semblent pas constituer des freins à cette évolution. Enfin les rapports avec les pays voisins ne semblent pas conflictuels. La pauvreté est l'ennemi N°1 et ni le tourisme ni la production d'épices ne suffiront.
Si des dizaines d'années de rejet de papiers, cartons, vieilles machines etc; ont été faits tels quels absolument partout l'obstacle n'est pas insurmontable et des campagnes de propreté commencent déjà à voir le jour. La saleté n'est pas irréversible. Mais ça reste un problème national de grande ampleur.
Je suis optimiste sur l'avenir du continent africain (à condition que les règnes catastrophiques de tyrans prévaricateurs finissent) et pense même que l'Homme et la civilisation repartiraient de là si une catastrophe affectait la planète.
Les descendants de Lucy seraient remis à contribution.