La porosité entre les couches sociales est quasi nulle en France. Le fameux "ascenseur social" est bloqué entre deux étages et n'est pas près de repartir.
Chacun, faute de passerelles, reste dans sa sphère et le nombre de ceux qui s’extraient de la leur pour grimper dans l'échelle sociale est, quoi qu'on en dise, assez restreint.
Il y a une exception et elle cache cette réalité un peu sinistre: les "happy fews" (comédiens, réalisateurs, sportifs de haut niveau, vedettes du petit écran, journalistes mondains, chroniqueurs à la mode, couturiers, top-models, parasites culturels, médecins connus et danseuses étoiles) forment une "sur-société" qui s'affranchit des soucis du quotidien.
La retraite est un mot qu'ils ne connaissent pas. Récemment Jack Lang, 83 ans , a demandé le renouvellement de son poste à la tête de l'I.M.A (Institut du Monde Arabe). Bel exemple d'une longévité caricaturale. Ces élites s'éloignent intellectuellement, financièrement et géographiquement de la masse et recherchent un entre-soi qui les conforte dans l'idée qu'ils valent mieux que les autres. Sans doute est-ce vrai pour certains d'entre eux. Certainement pas pour tous.
Le plus surprenant est qu'il faut des "affaires" non dissimulables pour que certains retombent lourdement sur terre. En perdant leur aura comme on perd son immunité diplomatique ou parlementaire, Poivre d'Arvor et Palmade sont des symboles déchus. Les restaurants ne leur libèrent ou libèreront plus de places et ils ne sont plus les bienvenus nulle part.
Tant qu'ils sont des "happy fews" ils peuvent beaucoup se permettre et ils ne se font pas prier. Il suffit de regarder les mondanités comme le festival de Cannes ou la fashion week pour constater à quel point ils n'ont plus les pieds sur terre.
Les médias leur cirent leurs bottines Berlutti, les Grands hôtels les accueillent comme des princes d'ancien régime alors que, bien souvent, leur titre de gloire est éphémère et surestimé. Il faut voir ces actrices liftées dont le dernier succès date des années 80, ces chanteurs de rock aux hanches en titane et ces sportifs désœuvrés défiler de mondanité en mondanité.
La cloison nasale défoncée par les rails de coke, le cerveau embrumé par l'alcool ou les antidépresseurs ils courent après leur succès ou exploits qui les abandonnent. Un compte en banque sur pattes, tels ils furent,, tels ils doivent rester. Faute de quoi ils devront s'habituer à l'anonymat.
Ce qui est inquiétant dans cette ségrégation c'est que petit à petit les voyages dans des paradis lointains, des avions, des bateaux, des véhicules et des hôtels de luxe seront exclusivement réservés à cette caste qui ne brille que rarement.
A la masse vulgaire la visite de Venise en une demi-journée au milieu d'une cohue indescriptible et à eux le temple d'Angkor. Tout cela parce qu'ils ont mis le ballon dans la cage ou joué dans le film qui a rapporté des millions de dollars au studio qui l'a produit. C'est un peu triste!

