Samedi soir je me suis affalé sur mon canapé (NDLR: on s'affale toujours sur un canapé) devant la télévision qui radotait dans "la crise de régime" et ses dérivés. Une fois encore Pascal Perrineau, Pierre Rosanvallon et les habitués du talk-show péroraient en débutant chacune de leurs phrases par: "Les Français" (pensent que, disent que, s'interrogent, s'énervent etc.). J'ai regardé d'un œil torve (je peux avoir le regard torve, c'est un fait) ce débat mironton comme disait Jean Ferrat et soudain j'ai compris qu'il s'agissait d'un "best of", sorte de compilation des meilleurs moments de l'émission diffusée lorsque l'animateur et ses chroniqueurs sont partis en vacances.
Meilleurs moments c'est vite dit: le monteur garde systématiquement ceux qui sont consacrés aux critiques les plus acerbes du pouvoir en place. C'est ainsi une litanie de positions négatives qui, si j'étais en charge de la politique me ferait démissionner dans la minute et me ferait regagner mon jardinet et soigner mes légumes et fruits.
Depuis 3 quinquennats ce sont toujours les mêmes invités qui tournent d'un plateau de télévision à un autre, d'un micro de radio à un autre et d'un éditorial impitoyable à un autre. Ils tirent au bazooka sur ce Président qui n'obéit pas à leurs injonctions et sur quiconque prend la moindre responsabilité. Haro sur la première ministre trop techno, feu sur le porte-parole du gouvernement et vive la Révolution.
Je n'ai toujours pas compris ce qu'on attend d'une révolution: les exemples passés devraient nous avoir rendus sinon prudents du moins plus circonspects... Mélenchon en grand timonier ça ne devrait faire fantasmer que les irréductibles amateurs de totalitarisme même si son pédigré de sénateur socialiste et d'admirateur de Mitterrand réduit la voilure du vaisseau insoumis.
Alors ça ronronne sur le petit écran, Jean-Michel Apathie joue les Saint-Just de poche et un cinglé des sondages prévoit l'élection de Marine Le Pen en 2065.
Tout cela n'est pas sérieux et ne mérite pas qu'on lui consacre du temps. Ce sont des amusements d'enfants gâtés de la démocratie qui ne voient pas que Poutine, le premier Chinois, Trump et Erdogan ont une idée assez précise de ce qu'ils veulent faire du régime démocratique dont la France est un exemple: les reléguer dans les poubelles de l'Histoire.
J'ai cité Jean François Revel récemment. Le penseur a sombré dans un oubli total. Le titre de l'un de ses essais (et son sujet) reste de la plus vibrante actualité: "La tentation totalitaire".
