J'ai Plex, j'ai Netflix, j'ai un disque dur rempli de films et je me suis mis devant la télé pour regarder un téléfilm (on se croirait dans les années 60) sur France 2. Rien que le titre avait de quoi me faire fuir : "je suis la maman du bourreau" (sic) avec une octogénaire (Marie-Christine Barrault) et une septuagénaire (Sabine Haudepin) au générique. Là on frôlait les années 50!
Eh bien non. C'était superbe, intelligent, bien interprété et ça donnait à réfléchir.
Quand on pense "télévision" on n'envisage pas de ressentir cela et encore moins de l'écrire.
Tout dans ce film de télévision était juste et retenu: Marie-Christine Barrault est une belle femme de 80 ans et c'est une excellente comédienne. (rassurez-vous; je ne suis pas (encore) devenu gérontophile.
Dans ce film elle est une femme d'un bon milieu social (à particule) mère d'un fils unique qui est prêtre dans leur ville (je dirai Cognac, Angoulême ou une ville comme cela. Les voitures sont immatriculées 16).
Cette femme pieuse et intraitable est veuve et très fière de son fils. Plus que fière: elle l'admire.
Un artifice de scénario nous apprend dès le début qu'il s'agit d'un pervers qui a abusé de nombreux enfants pendants de nombreuses années. Si certains le savaient ou avaient des doutes, toute à son adoration maternelle, exclusive et abusive la mère du prêtre ignorait tout.
Une journaliste locale publie un article vague mais devant être suivi par d'autres et la mère du prêtre finit par admettre et comprendre qui est son fils. On ne sait pas si elle veut connaître la vérité et l'empêcher ou au contraire la forcer à éclater. Après un long moment elle dit à son fils qu'elle sait et qu'elle veut qu'il demande pardon à une de ses anciennes victimes qui a aidé la journaliste.
L'amour exclusif qu'elle ressentait pour son fils se transforme en volonté farouche de le voir reconnaître ses fautes et à accepter ce qu'il a fait . (c'est le passage le moins réussi du film)
Le dialogue est sur une ligne: il s'en faudrait de peu pour que cela sombre dans le prêchi-prêcha mais Gabriel Aghion, le metteur en scène parvient à éviter cet écueil.
Ce que j'ai entendu dire de la "province" et des petites villes où chacun est épié et jugé est bien rendu et si les maisons sont belles et les paysages magnifiques on sent l'étouffement des "on dit" et des commérages.
J'ai toujours su que vivre à Paris met plus de bonnes choses dans le fléau de la balance que n'importe quelle ville moyenne. Ce film ouvre la réflexion dans de multiples directions (la faute, la foi, le pardon, la jalousie...) tout en intéressant avec une histoire assez réaliste.
Et sans tomber dans les trappes qui pouvaient le guetter: les bons sentiments, le ridicule, la caricature ou le pathos.
