Je lis "le Décaméron" en livre de poche (mais je possède une édition plus belle et magnifiquement illustrée d'enluminures moyenâgeuses) et suis conquis par la beauté de la langue (c'est une traduction de l'Italien- Florentin- par un certain Jean Anglade dont il est dit qu'il est agrégé d'Italien.)
Il s'agit de petits contes moraux ou pas, sages ou pas philosophiques ou pas. Il y est souvent question de sexe mais l'air de rien, toujours lié à un amour épique. Ecrits entre 1349 et 1353 ces contes ne peuvent être salaces ni même osés.
Il y est question de nobles gens et nobles dames qui s'éprennent d'un individu en tout gâté par la nature: beaux, forts et intelligents. Les femmes ont des cheveux d'or, des courbes parfaites et une voix merveilleuse. Le destin (cruel, déjà au quatorzième siècle) fait tout pour les empêcher de vivre leur amour et s'ils parviennent quand même à se (re)trouver et à s'aimer c'est après moultes épreuves souvent douloureuses.
Douloureuses et morales.
La vie n'est pas bonne fille qui sème la discorde entre frères et sœurs, maris et femmes, rois et reines. Mais la morale est souvent sauve et après le vinaigre des épreuves vient le temps heureux où l'on se trouve enfin.
Dans ces historiettes on s'amuse des caprices du destin, on invente des stratagèmes incroyables pour se faire aimer et on arrive à ses fins en tout bien tout honneur. Enfin, le plus souvent.
Dieu et ses représentants sur terre (les religieux) veillent et l'on sent la poigne de fer qu'ils imposent aux fidèles. Ceux-ci ne sont pas toujours dupes et l'on sent que Boccace, l'auteur, ne les porte pas en haute estime.
On est surpris de constater qu'a sept ans de nous les hommes et femmes nous ressemblaient tant. Ils ont les mêmes attentes et partagent nos joies et nos peines. Par exemple ils sont attachés à leurs enfants alors qu'on nous a appris que cet attachement a commencé quatre cents ans après (au XVIIIe siècle).
La sexualité aussi est similaire (et pour cause) mais réservée à une caste sociale élevée qui en fait un art. Les expressions pour la désigner ou la décrire sont souvent amusantes et imagées.
la farce et la gaudriole ne sont pas absentes de ce texte ancien qui, comme les contes de Jean de la Fontaine sont parfois crus.
La langue est châtiée mais mise à notre intelligence. Pas d'expressions incompréhensibles ni de vocabulaire trop abscons ou précieux.
C'est une sorte de récréation littéraire rafraîchissante qui fait souvent naître le sourire tant les hommes, depuis toujours sont animés par les mêmes besoins/idées/envies et mettent des actions compliquées ou au contraire simplistes pour les satisfaire.
