Hier soir, après une très chaude journée, nous dînions sur la terrasse de
mon amie. Elle, une amie à elle et moi.
Ce n'était pas des agapes mais une salade et un verre de rosé de Corse
frais.
Il n'y avait qu'un très léger souffle de vent et les arbres semblaient pétrifiés
par la chaleur emmagasinée pendant la journée.
Un étrange coucher de soleil rose injectait le ciel toulousain.
L'amie de F*** apporta son I-pad et nous montra des photos de sa
maison en région parisienne (je fis les compliments d'usage mais mon
intérêt allait plus vers mon verre et le dessert).
Une fois ces photos vues elle nous fit regarder les photos de la classe de
maternelle dont elle s'était occupée l'année précédente en insistant sur
"l'air triste" des enfants.
Il n'en fallait pas plus pour que je me lève de mon transat et aille observer
les clichés.
La classe en question n'était pas une classe comme les autres: elle était
dans le "101ème" département Français, celui de Mayotte.
Effectivement ces enfants, garçons et filles, avaient un je ne sais quoi dans
le regard qui les rendait attachants. Une gravité sans doute. Le poids -déjà-
d'une vie difficile.
E*** avait fait des photos de groupe et des photos par 2 des enfants.
Tous tenaient une petite étiquette avec leur prénom.
Les couleurs et le mouvement empêchaient qu'on puisse penser à des
photos anthropométriques.
Sa mémoire toute fraîche lui faisait donner un détail, une anecdote sur
chacun des enfants et cela leur enlevait l'anonymat et les rendait soit
attachants soit intéressants.
Petites filles battues, garçons ne mangeant pas à leur faim, enfances
difficiles, départs douloureux dans la vie, intelligences limitées,
violences... Notre conférencière d'un soir nous apprit ainsi que Mayotte
est une poudrière et que les enfants -comme toujours- n'y sont point
épargnés.
Décalage? plus tard j'ai entendu à la radio un représentant de la droite
vitupérer contre la taxation à 75% des revenus supérieurs à 1 million
d'euros.
On a vraiment les indignations qu'on mérite...
