"Comment ne pas être réactionnaire quand on vit dans un monde auquel on ne
comprend plus rien" se demande Pierre Bas dans son excellent livre sur le
cinéma Français "Je vous trouve très conformiste" (Panorama impertinent du
cinéma Français) Edition Vendémiaire/ Diffusion PUF.
C'est une remarque que chacun peut s'approprier tant les us et coutumes de
notre époque peuvent parfois nous surprendre tellement ils sont en décalage
avec ce que nous avons connu il y a 10, 20 ou même 30 ans.
A mes yeux le symbole de cette évolution n'est ni le mariage pour tous, ni les
premiers pas de l'homme sur la lune, ni l'atome, ni le dernier livre de Sollers
(je plaisante!) mais la vision récurrente de quadragénaires en costume et sac
à dos sur une trottinette électrique au milieu de la circulation urbaine.
Il y a des choses auxquelles on se fait: une Frigide Barjot interviewée doctement
par un journaliste respectueux, un François Bayrou qui parle de lui en retenant
ses larmes, un marchand d'avions de guerre qui écrit des éditoriaux politiques
dans "son" journal, une ex-première dame de France qui chante une chanson
à la gloire du couple le plus déjanté (et drogué) de toute l'histoire du rock etc etc.
Mais moi, le quadra en trotinette je n'y arrive pas!
Dans l'URSS de Tchernenko, dans la Chine de Hua Guofeng et même aux
USA de Reagan le cadre en patinette n'aurait pas fait 100m. L'asile psychiatrique,
le Lao-Gaï ou le Goulag l'auraient accueilli, séance tenante.
Plaisanterie, certes mais réalité aussi: nos sociétés offrent un visage dual qui ne
manque pas de surprendre: le jeu, la distraction et le loisir y sont célébrés en
valeurs dominantes mais, parallèlement, le citoyen est traqué à la moindre faute,
fiché, flashé, licencié, imposé et traité avec une dureté impitoyable.
Beaucoup de choses acceptées par tous me paraissent bizarre. Ce qui nous
paraissait impossible lorsque nous étions adolescents est devenu la
norme aujourd'hui.
Sans regretter le temps passé ni tomber dans le "C'était mieux avant" il est très
difficile de suivre cette époque où tout va si vite.
On a coutume de dire que la société a plus changé depuis la fin de la guerre
qu'au cours des 200 ans qui l'ont précédée. C'est une impression qui résiste.
