On s'est beaucoup esbaudi sur le jeu d'acteur de Omar Sy dans "Intouchables" l'hiver dernier.
A bien y réfléchir je crois qu'on s'est un peu pris le chou pour pas grand chose.
J'ai dit ici tout le bien que je pensais de Isabelle Huppert et je la cite pour dire qu'il y a des
comédiens qui, effectivement, sont constants et capables de jouer la comédie (car tout se
résume à ça) avec génie tandis que d'autres sont simplement bons.
Les mauvais acteurs sont finalement assez rares et ce qui leur est principalement reproché
est de "jouer faux", de toujours "jouer pareil" ou d'être eux-mêmes tel qu'ils sont dans la vie.
En voyant qu'à peu près partout dans le monde les responsables de casting recrutent dans
les salles de one-man show, les émissions d'humour, les sportifs et les fils et filles de, on
se dit que finalement, à bien y regarder, jouer la comédie doit être assez facile.
N'oublions pas la phrase de Robert Mitchum sur Rintintin « Je suis devenu acteur de cinéma
parce que je me suis dit que si Rintintin pouvait y arriver, ce serait du gâteau pour moi. »
A l'époque du Hollywood mythique, celles et ceux qu'on appelait Monstres sacrés savaient
par leur rareté et le choix des films dans lesquels ils apparaissaient créer un mystère, une
aura et une attente qui sublimaient leur jeu d'acteur et d'actrice.
Non qu'ils soient forcément de meilleurs comédiens que ceux qu'on voit actuellement sur
les écrans mais ils avaient ce vernis qui rendait leurs apparitions inoubliables. Un film
était, la plupart du temps, un compromis entre la valeur artistique du projet et son aspect
économique, même si l'aspect rentabité n'a jamais été oublié.
Aujourd'hui, à de rares exceptions près, le cinéma ne s'intéresse qu'au nombre d'entrées et
à l'exploitation future (télévision, DVD, Blue-ray) de l'objet filmé.
L'acteur, descendu de son olympe est souvent moins considéré que l'attaché de presse du
film ou son producteur.
Depuis des années un hit classé au top 50, une salle remplie de rieurs ou un plateau de
télé à audience vous permet d'envisager une carrière cinématographique.
De Garcia à de Caunes, de Kad Merad à toutes les Miss Météo de Canal + on ne compte
plus tous les non-comédiens sur qui la profession parie. Avec plus ou moins de bonheur
d'ailleurs.
Si un Vincent Lindon fait l'unanimité comme acteur personne n'en dira autant au sujet de
ceux que j'ai cités. Même si José Garcia était excellent dans "Le couperet" de CostaGavras
et Kad Mérad aussi dans "je vais bien, ne t'en fais pas".
La différence doit se jouer là: Vincent Lindon est toujours bon quand tous les autres ne le
sont qu'exceptionnellement.
Une des difficultés supplémentaires de ce métier est qu'une fois un rôle adopté le manque
d'imagination des réalisateurs et du métier vous le font jouer et rejouer jusqu'à épuisement.
Si Delon a, de temps en temps, oublié d'être Flic et Belmondo d'être voyou, combien ont
été cantonnés à vie dans le même type de personnages?
En France les comédiennes tenaient presque un fond de commerce: les pleurs pour l'une,
le caractère pour l'autre etc.
Romy Schneider avait surtout pour elle une photogénie hors pair et des glandes lacrymales
qui faisaient le travail à sa place. A de rares exceptions près dans sa filmographie ("Fantôme
d'amour" de Dino Risi et "Le trio Infernal" de Jacques Rouffio) elle n'a pas été une actrice si
talentueuse. Annie Girardot faisait son "numéro" et a fini par lasser ses fans les plus accros.
Catherine Deneuve, si l'on fait abstraction de sa navrante carrière depuis 20 ans a été une
"vraie" actrice avec Bunuel par exemple. Isabelle Adjani serait à classer entre Annie Girardot
pour la monotonie de ses numéros et leur répétition et Romy Schneider pour sa photogénie.
Isabelle Carré, Sandrine Kiberlain et tant d'autres "jouent" bien mais sans génie.
Je ne vais pas les passer tous et toutes en revue parce que je n'ai sans doute pas la légitimité
pour le faire et que je ne parle ici que d'intuition.
Mais je le redis, je suis finalement persuadé après avoir vu des milliers de films, que jouer la
comédie et interpréter un personnage ne doit pas être si difficile.
Quelqu'un comme Patrick Dewaere, que je considère comme un des grands, a d'ailleurs dit
que jouer n'est pas difficile mais fatiguant. Chercher en soi des émotions vécues ou inventer
des réactions et sensations en fonction du personnage qu'on interprète.
Sans doute la confusion vient de ce don de soi-même
inquantifiable et d'une rémunération très élevée qu'on a dû justifier.