Des nombreuses Thérèse de fiction, qu'elles aient Zola ou Mauriac comme créateur aucune n'est inintéressante. Celle de Mauriac justement a inspiré Georges Franju qui a adapté le roman avec Philippe Noiret et Emmanuelle Riva comme interprètes.
J'ai vu ce film, comme j'ai lu le roman il y a bien longtemps. J'en garde un souvenir d'une histoire pesante se déroulant dans un milieu de conventions où l'argent remplace les sentiments et dicte les conduites.
Claude Miller a réalisé, juste avant sa mort, la dernière adaptation de ce roman avec Gilles Lellouche, Audrey Tautou et
un surprenant Francis Perrin comme principaux acteurs.
C'est un film très académique où, des décors aux voitures en passant par les montres-gousset ou les klaxon des tramways tout est rigoureusement exact.
C'est dire que la reconstitution est parfaite mais manque peut-être d'un je ne sais quoi et contribue à une sorte de fossilisation des situations et des dialogues.
Disons le tout de suite; ce roman a considérablement vieilli et si la bourgeoisie décrite existe toujours (on l'a vue à l'oeuvre lors de la "manifestation pour tous") elle pratique l'entre-soi et la discrétion qui font que si on ne la fréquente pas on ne la subit pas.
Les rallyes, les fiançailles, les mariages arrangés et tout le toutim resteront toujours la référence pour celles et ceux qui respirent encore par l'Eglise et les traditions, les "valeurs" et un corsetage des sentiments et des pensées.
Heureusement, s'ils ont le pouvoir politique et financier ils n'imposent plus leur morale à une société qui n'en veut pas.
Mais à l'époque où le roman a été écrit, une dizaine d'années après la grande saignée de 14-18, la bourgoisie provinciale faisait la pluie et le beau temps.
Thérèse épouse sans amour un homme fruste mais riche et s'ennuie vite parce qu'elle est la proie d'idées et d'impressions contradictoires. Une Mme Bovary qui réfléchit.
L'histoire de ce crime manqué (elle empoisonne son mari sans le vouloir vraiment) et ses conséquences n'a qu'un intérêt limité. Les personnages et ce qui les anime est le centre du livre et, on s'en doute, parmi eux Thérèse Desqueyroux est la plus importante d'entre eux.
Or, c'est désolant, mais Audrey Tautou n'est pas un instant crédible en femme et en femme traversée par des pensées contradictoires encore moins. Elle est trop jeune, trop petite, trop "mignonne" pour être la bordelaise criminelle. On n'y croit pas ou peu.
Même chose pour Gilles Lellouche: il essaie bien d'être Bernard Desqueyroux mais n'y parvient jamais. trop léger, trop moderne, trop bien nourri, ailleurs.
Si les deux personnages principaux sont ratés on l'aura compris le film l'est aussi. Trop lent, trop joué, trop "léché".
Une dramatique télé de qualité, pas un film de cinéma vivant et dérangeant.
Prenons l'exemple de la scène de "sexe". Pour montrer que Thérèse ne connaît pas l'extase physique on a un gros plan d'Audrey Tauton calculant mentalement le montant de son cachet hors taxe pendant que Lellouche, sous un drap bien repassé, agite son derrière. C'est du cinéma de papa, du Truffaut bébête et démonstratif*.
Très rarement on pense que le livre a été écrit par un homme et que cet homme avait une étonnante capacité à imaginer ce qui se passait dans la tête de certaines femmes (Thérèse et Anne) et qu'il excuse presque les actes de sa contradictoire héroïne.
La seule scène franchement réussie est celle de la fin (lorsque mari et femme sont attablés dans un bistrot parisien. Thérèse croit un instant que son mari peut la comprendre mais il s'y refuse) Miller laisse presque voir l'abime entre les deux époux. Seulement à ce moment et avec une économie de moyens. C'est à ce moment que Thérèse pose cette question-affirmation qui la définit mieux que les deux heures du film: "vous savez toujours pourquoi vous agissez, vous".
* pléonasme dont j'ai un peu honte: Truffaut n'a fait que des films bébêtes et démonstratifs.
