Comme beaucoup d'entre nous c'est le film de Xavier Beauvois qui m'a intéressé à la communauté des moines de Tibhirine et je n'en connais que ce que j'ai lu, ici ou là, au moment de leur mort puis de la sortie du film.
Je précise que j'ai aimé ce film qui était sobre et intelligent, un peu comme le «Thérèse» d'Alain Cavalier, autre film qui, du fait du caractère religieux de son sujet, bénéficie d'une sorte de grâce inexplicable.
J'ai suivi les difficultés des juges chargés de l'enquête sur les circonstances de la mort des moines et n'ai pas été surpris outre mesure de la quantité d'obstacles qu'ils ont rencontrée. L'état Algérien n'est pas connu pour sa transparence et ses adversaires islamiques du GIA pour leur humanité (et réciproquement)
Je crains que nous ne sachions jamais qui les a tués, pas plus que pourquoi ni comment.
J'ajouterais que je suis «choqué» qu'on exhume les têtes des religieux (on n'a jamais retrouvé leurs corps), choqué qu'on les radiographie et qu'on fasse des prélèvements. Je ne crois pas à la résurrection des corps ni au caractère sacré des dépouilles mortelles mais pense plus simplement que tout ceci ne rime à rien et est déplacé, presque sacrilège.
On me dit que les familles des moines exigent la vérité et c'est là que commence mon malaise. Ces moines savaient qu'ils prenaient des risques en étant géographiquement entre les militaires et les islamistes du GIA qui, c'est le moins que l'on puisse dire, ne sont ni les uns ni les autres des humanistes respectueux des Droits de l'Homme et de la conscience religieuse. Ils sont morts en connaissance de cause (ils avaient été prévenus des risques qu'ils prenaient en restant dans une zone de conflit et en soignant les blessés) et, les rapports entre l'Algérie et son ancien colonisateur étant ce qu'ils sont, l'éventualité que ce qui s'est réellement passé creuse un peu plus le gouffre entre les deux pays est réel.
Je sais que pour nous recueillir nous avons besoin d'une trace tangible de la présence d'un corps (ou de cendres désormais) et que les familles doivent souffrir des circonstances de la décapitation des leurs et de l'enfouissement en deux lieux différents des corps et des têtes mais 18 ans après les faits j'ai du mal à comprendre leur «colère» (les journaux du 24/10/14) et leur volonté d'aller au bout de l'enquête. A moins que les miasmes du Freudisme et du "travail de deuil" n'aient accompli leur sale besogne.
Le film montrait la sérénité retrouvée des 7 moines trappistes peu avant leur enlèvement et, me semble t'il, cette image certes de fiction mais sans doute proche de la réalité devrait permettre d'accepter l'horreur et de passer à autre chose.
Alors que la religion catholique qui était la religion majoritaire du pays recule inexorablement d'année en années nous assistons à son remplacement, devant la mort, par des gestes quasiment païens au moment de la crémation ou de l'enterrement des défunts.
Cela se traduit par ces «autels» fleuris le long des routes à l'endroit d'accidents mortels et à ces urnes baladeuses, entre autres.
Il me semble que la quête des familles des 7 moines s'apparente à ces rites de deuil improvisés.
