Il y a de cela bien longtemps nous étions allé skier, mon ex-femme et moi chez et avec un couple d'amis dans la sympathique station de sports d'hiver des Alpes du Sud appelée Pra-Loup.
L'appartement, un grand et beau appartement, appartenait en fait à ses parents à lui. Il était au dernier étage d'une tour habillée de bois et était très agréable. Il dominait toute la station et sa terrasse était un belvédère abrité. Nous y avons passé d'excellents moments, en hiver comme en été. Mais pas cette fois là. Vraiment pas.
Je vous raconte. Nos amis avaient aussi invité un couple de leurs amis que nous connaissions un peu. Elle était infirmière libérale et lui publicitaire. Jolie mais pas très classe tandis que son mari, petit et gros, s'épuisait à la conserver. Ils étaient mariés sans enfants ce qui n'était pas notre cas.
Nous nous étions séparé pour la première fois de notre petit garçon qu'on avait confié pour la semaine à ma belle-mère, ce qui revenait pratiquement à confier un agneau à un boucher, mais, passons.
M***, la femme du pubeux, avait beaucoup d'humour et savait comme personne détendre l'atmosphère. Son mari, il ne pouvait pas avoir tous les défauts, savait rire et nos amis aussi.
Nous n'avions pas le même niveau à ski (c'était la première fois que j'en chaussais), pas les mêmes revenus ni le même style de vie ni les mêmes goûts culinaires mais les 2 ou 3 premiers jours furent parfaits.
Même mon ex-femme, farouchement sur la défensive, comme à son habitude, se détendait et oubliait le travail et le bébé qu'elle avait laissés à Paris.
J'abrège. Alors que nous skiions de concert tous les 6 la lanière de mon bâton s'est accrochée à la fixation de ski de M*** et l'a faite chuter de sa hauteur et pratiquement à l'arrêt.
Je n'en mettrais pas ma main à couper mais je crois sincèrement, même toutes ces années après, que c'est ainsi que les choses se sont passées. Ma lanière, une lanière, sa fixation.
Malgré la chute bénigne M*** n'a pas pu se relever. le tendon était touché.
On a fait appel aux secouristes et la barquette l'a ramenée à la station. Medecin à Gap, plâtre etc. J'ai un peu oublié (ou censuré) l'ordre des évènements.
Dans un premier temps M*** n'a pas perdu son humour et tous se sont conduits aussi normalement qu'on peut se conduire dans un tel cas.
Puis, au retour de Gap l'ambiance a changé du tout au tout. Conciliabules entre les 4 et regards en coin pour nous. C'est là que j'ai prononcé la phrase qu'ils attendaient: "Si c'est de ma faute je suis assuré et j'assumerai ma responsabilité".
Mon ex-femme m'a fusillé du regard, les deux mecs se sont regardés d'un air entendu et j'ai compris l'expression "un grand moment de solitude".
Le soir nos "amis" sont partis dîner tous les 4. Nous étions exclus. L'ambiance était tellement mauvaise qu'on a refait les bagages et qu'on a décidé de rentrer dès le lendemain.
Au retour de leur soirée j'ai eu droit à un procès de Moscou. J'étais irresponsable, dangereux et j'en passe. Mon ex-femme, hors d'elle, a pris ma défense mais le pire était à venir. La colère et l'alcool, mais la bêtise aussi ont alors fait dire au publicitaire (et il devait être nul pour improviser un slogan aussi lamentable): "tu as cassé ma femme".*
"On" voulait un constat d'accident, que je m'accuse et que je prenne tout sur moi. Ce que, par amitié, et sans doute par "bonne éduation", cette lâcheté mondaine qu'on m'a inculquée, j'ai fait.
M*** a été opérée. A cette époque l'opération laissait une vilaine cicatrice sur les jambes qu'elle avait fort jolies. Elle a dû faire des semaines de rééducation au Centre de Bouffémont et, last but not least, a dû être indemnisée par mon assurance pour le travail puisqu'en tant qu'infirmière libérale elle ne touchait rien.
Le summum a été atteint quand, incidemment à quelques temps de là, A*** nous a appris qu'elle a divorcé de son pubard un an après et qu'avec les indemnités reçues pour les préjudices de la douleur et physique elle s'était acheté un beau studio dans le 15ème arrondissement de Paris.
Je ne saurais jamais si c'est moi ou pas qui ai déclenché cette catastrophe. Le studio dans le 15ème m'est resté en travers de la gorge pendant des années!
Nous sommes restés "amis" avec A* et O* quelques années encore mais mon ex-femme ne leur a jamais pardonné leur attitude de Pra-Loup.
On a réussi pendant des années à passer outre mais c'était le non-dit qui, avec d'autres choses, ont fait que nos chemins se sont définitivement séparés.
Je garde un souvenir (très) amer de cet épisode parce que je n'ai pas eu une attitude très glorieuse et que l'image que m'ont renvoyée de moi ceux qui se disaient mes amis était dégradante. J'ai trouvé injuste leurs reproches et plus encore les mots qu'ils ont employés d'autant plus que j'ai immédiatement dit que si j'étais en cause j'assumerais.
Je pense aussi que mon ex-femme m'a regardé un tout peu différemment ensuite.
Nota: elle n'a eu besoin de personne pour se casser et, sur le moment, j'ai applaudi !